L’art de la caricature

L’art de la caricature

Dans le prolongement du cours sur le registre satirique, voici quelques exemples de caricatures et un questionnement sur la censure de la caricature, d’où le titre L’art de la caricature !

Cours de français à distance sur la caricature
Honoré Daumier

Gargantua est une lithographie ‘‘d’Honoré Daumier (1808-1879) », parue le 15 décembre 1831, dans le journal La Caricature.

Cette lithographie est une caricature représentant le roi Louis-Philippe.

Ridiculisé, avec sa tête en forme de poire, sa bedaine et ses rouflaquettes, le monarque avale des sacs d’or prélevés en imposant le peuple, tout en rétribuant ses sbires de pièces qui s’en échappent, puis les défèque en titres (nomination de pair, brevet de la légion) et décorations au profit de la classe privilégiée, depuis la chaise percée sur laquelle il est assis.

Né au début du XIXe siècle comme les romanciers et poètes Victor Hugo qui était le plus populaire des écrivains de  son époque (1802-1885) (Notre Dame de Paris, 1831) et Gérard de Nerval, Honoré Daumier__ a été emprisonné, à cause de cette caricature, durant 6 mois dont plusieurs dans un asile d’aliénés.

Nous sommes actuellement au XXI siècle, nous ne sommes plus sous le joug de la monarchie :

Ainsi, en mai 2014, il est sorti un film dénommé  » Caricaturistes » – fantassins de la démocratie

avec 12 fous formidables (dont Cabu), drôles et tragiques, des quatre coins du monde, des caricaturistes qui défendent la démocratie en s’amusant, avec comme seule arme, un crayon, au risque de leurs vies. Ils sont: français, tunisiens, russes, mexicains, américains, burkinabés, chinois, algériens, ivoiriens, vénézuéliens, israéliens et palestiniens.

Voici une de leurs caricatures :

leçon sur la caricature du centre d'enseignement du français
Caricaturistes : affiches d’un collectif dont Cabu

Mais aujourd’hui; la grande question est de savoir si en 2015, les caricaturistes peuvent encore dessiner en toute liberté, comme l’a fait Charlie Hebdo depuis 1969. :

Leçon sur la caricature de Béatrice Monge
Peut-on rire de tout ?

Car nous le savons tous que l’hebdomadaire » satirique’‘ a été la cible de menaces et d’un incendie criminel après la publication de caricatures de Mahomet en 2006. Malgré tout, ils n’ont jamais hésité à publier des dessins provocateurs, et de se moquer de tout : des hommes politiques, des religions, des stars en tout genre… La preuve en images.

Hommage à cabu

Et aujourd’hui, qu’en-est-il, les caricaturistes doivent-ils se censurer ???

Publicités

Comprendre ce qu’est le registre satirique !

Le registre satirique qui vient du latin « _Satura_ » est un genre littéraire qui se moque dans le but de critiquer, de dénoncer des comportements en jouant sur l’exagération. La satire a également une visée morale :

Le registre satirique qui vient du latin « _Satura_ » est un genre littéraire qui se moque dans le but de critiquer, de dénoncer des comportements en jouant sur l’exagération. La satire a également une visée morale :

  1. Ce peut être une fable : Les fables de la Fontaine
  2. Une poésie – exemple le sonnet de Scarron in « recueil de quelques vers burlesques publié en 1655 » (lire plus bas)
  3. Des tirades théâtrales : Molière qui ridiculise l’hypocrisie religieuse et se moque des faux dévots dans » le Tartuffe« , ce qui valut à cette pièce d’être censurée durant plusieurs années par Louis XIV.
  4. Une caricature : Honoré Daumier (1808-1879)
  5. Une parodie : imitation satirique d’un ouvrage sérieux – ex : Rimbaud défini comme un poète de la parodie.
  6. Une satire littéraire : introduction des châtiments de Victor Hugo.

Les figures de style de la satire :

  • Antiphrases et figures d’opposition : exprimer ses idées par leur contraire dans une intention ironique.
  • Figures de l’exagération (hyperboles…) avec des images fortes
  • Naïveté feinte ou éloge paradoxale
  • Allusions et sous-entendus : ironie
  • Le vocabulaire dépréciatif.

Le ton peut être plus ou moins polémique ou virulent selon les moyens employés :

de la remarque à la dénonciation ; de la description dévalorisante (langage dépréciatif, métaphores négatives) à un véritable réquisitoire (figures d’insistance, hyperboles excessives, oppositions flagrantes…) ; de l’ironie sous-jacente (connotations, sous-entendus) à la polémique ouverte (phrases exclamatives et interrogatives exprimant la colère ou le dégoût…)

Les genres de la satire sont variés :

Le pamphlet (écrit bref et violemment polémique), l’épigramme (poème à visée satirique), le portrait ou la caricature présentée souvent comme un blâme hyperbolique, les maximes (courtes sentences qui énoncent un principe moral), les apologues (bref récit à visée morale).

On attribue la paternité de la satire au poète latin  » Lucilius » (IIe siècles av J.C). C’était un genre très en vogue à Rome, ce qui a permis à Juvénal dans « Satires » de dénoncer les nuisances de Rome dans ses poèmes satiriques. Un peu plus tard, plusieurs oeuvres du moyen-âge utilisent les animaux dans un but satirique : le roman de Renart (1170-1250).


Voici un exemple de « sonnet » satirique de Scarron (1610-1660). Mouvement baroque

L’art du « blason«  est l’art de décrire une partie du corps, de la femme en particulier. Cette description se fait habituellement sur le mode élogieux (laudatif), et loue la beauté de l’anatomie qui est une manière pour le poète d’exprimer, sur un mode souvent ludique, son amour.

Ici, Scarron renverse les règles, dans un anti-blason, la description des dents d’Hélène, pour lui déclarer toute sa haine.

Dans cette forme courte du sonnet, il détourne ainsi les poncifs poétiques pour peindre laideur et puanteur, dans un renversement des valeurs finalement très baroque.


Vous faites voir des os de Scarron en 1655

Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène, Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs ; Les autres, des fragments noirs comme de l’ébène Et tous, entiers ou non, cariés et tremblants.

Comme dans la gencive ils ne tiennent qu’à peine Et que vous éclatez à vous rompre les flancs, Non seulement la toux, mais votre seule haleine Peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants.

Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse ; Fréquentez les convois et devenez pleureuse : D’un si fidèle avis faites votre profit.

Mais vous riez encore et vous branlez la tête ! Riez tout votre soûl, riez, vilaine bête : Pourvu que vous creviez de rire, il me suffit.

Pour en savoir plus sur ce sujet : www.letudiant.fr/…/l-ecriture-satirique-aux-17e-et-18e-siecle

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :