Oral du bac – « Spleen » de Charles Baudelaire

Oral du bac – Spleen de Charles Baudelaire (1857)
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Pour l’oral du bac, vous pouvez avoir à analyser ce poème de Charles Baudelaire « Spleen » poème extrait du recueil des « Fleurs du mal ».

Oral du bac – Spleen de Charles Baudelaire (1857)

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Pour l’oral du bac, vous pouvez avoir à analyser ce poème de Charles Baudelaire « Spleen » poème extrait du recueil des « Fleurs du mal« .


Tout d’abord, avant d’étudier et d’analyser ce poème pour l’oral du bac, nous devons connaître succinctement la biographie de Charles Baudelaire.

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Charles Pierre Baudelaire est un poète né à Paris le 9 avril 1821 (la même année de que G. Flaubert) et mort à Paris le 31 août 1867 à l’âge de 46 ans. Grand poète du XIXème siècle, Charles Baudelaire est connu pour deux œuvres, les Fleurs du Mal et le spleen de Paris (le mot Spleen traduit chez Baudelaire l’ennui et le dégoût généralisé de la vie).

Très jeune, Charles Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle mais obtient néanmoins son baccalauréat.

Rapidement, et après son voyage en paquebot pour les Indes, il est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. C’est à cette époque qu’il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal (titre antithétique). Ses débuts littéraires datent de 1843 approximativement.

Ce recueil de poèmes publié en juillet 1857, très controversé et attaqué, met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Le projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal et de la perversité humaine et transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence.

Il est condamné  pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.

Les poèmes de Charles Baudelaire, qui a reçu de par sa naissance en 1821 un héritage classique, romantique et réaliste, sont par nature lyriques et rattachés au mouvement littéraire du symbolisme. Ce sont des poèmes réguliers à forme fixe où la beauté est recherchée pour tendre vers la perfection du texte.

Le symbolisme est en opposition au monde matériel. Les symbolistes recherchent la suprématie de la sensibilité et du plaisir des sensations, tout y est fugace et éphémère.

Croulant sous les dettes, il part en Belgique pour y donner des conférences. Mais en 1866, il commence à avoir des problèmes de santé. Il s’éteint un an plus tard (1867) des suites de la syphilis et de l’abus d’alcool, sans avoir été reconnu de son vivant, ce que l’aura profondément attristé. En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

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Avant de débuter notre analyse du texte  de Charles Baudelaire en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français,

Voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral : ce qui est demandé au candidat, c’est d’avoir :

  • Une bonne capacité d’analyse critique et de prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée.

  • De préparer une bonne introduction au commentaire de texte (aussi bien à l’oral qu’à l’écrit) avec le nom de l’auteur, le genre, le thème, l’époque et la situation du passage dans l’oeuvre.

  • De faire un plan détaillé de votre explication avec les exemples à citer (en les soulignant dans le texte), ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe et de retrouver les exemples plus facilement.

 


Déroulement de l’épreuve :

Plan du travail en vue de l’oral :

  • Introduction : présenter l’auteur et le texte en le centrant sur la problématique.

Charles Baudelaire, écrivain français du 19e siècle (1821-1867) est considéré comme un poète maudit et un précurseur du symbolisme (grand tournant littéraire de la décennie 1850-1870). « Les Fleurs du Mal » est l’une des ses œuvres majeures, dans laquelle le poète crée un nouveau rapport entre l’émotion et le langage. Le poème « Spleen » est extrait de la section « spleen et idéal ». Dans ce poème de cinq strophes, rédigé en alexandrin avec des rimes riches et croisées, le poète livre avec une importante tension dramatique toute la mélancolie qu’il ressent les jours de grande pluie.

Par quels procédés Baudelaire parvient-il à nous faire ressentir tout son mal-être dans ce poème ?

Pour répondre à cette question, nous étudierons tout d’abord  les procédés que Charles Baudelaire utilise pour décrire le paysage extérieur, le temps qui y règne, et le ressenti sur l’esprit de ceux qui le subissent. Dans un deuxième temps, nous évoquerons tous les procédés utilisés par Baudelaire pour exprimer son angoisse face à cette atmosphère macabre.

  • Lire le texte : elle doit être expressive et donner un aperçu de votre interprétation.
  • Rappeler la question : Par quels procédés Baudelaire parvient-il à nous faire ressentir tout son mal-être dans ce poème ?
  • Annoncer les grands axes :

I) Baudelaire nous fait ressentir tout son mal-être grâce à la description d’un univers  sombre et inquiétant qui agit sur l’état d’esprit et le moral de ceux qui le subissent. Le temps terriblement maussade qui règne dans cet univers lui inflige une souffrance aiguë.

II) Baudelaire nous fait ressentir tout son mal-être grâce à l’évocation appuyée par des images morbides de son angoisse face à cette atmosphère macabre.


Structure du poème : 

Les trois premiers quatrains débutent avec la répétition en anaphore de l’adverbe  temporel « quand » qui sont suivies de propositions circonstancielles de temps, coordonnées par la conjonction de coordination «  et » dans toutes les strophes :

  1. C’est quand le ciel est bas et lourd et que l’horizon embrasse le cercle, que le ciel verse un jour noir.
  2. C’est quand la terre est changée en un cachot humide, que les chauve-souris se cognent aux murs.
  3. C’est quand la pluie étale ses immenses traînées, qu’un peuple muet d’araignées vient tendre ses filets.

Nous nous apercevons donc qu’il y a une relation de causes à effets entre le climat désastreux et ses conséquences sur la terre, le ciel, les animaux, les cloches, et aussi sur le moral du poète et sur l’esprit en général (pronom personnel, 1ere pers du pluriel « nous, vers 4).

En effet, lorsque le ciel est bas, l’esprit gémit et s’ennuie. Quand la terre est changée en un cachot humide (métaphore de terre humide), l’Espérance (qui est comparée à une chauve-souris) s’en va. Enfin, quand il pleut , les cerveaux sont peuplés d’araignées.

La conséquence ultime de ces trois éléments réunis lorsqu’ils se déchaînent : le ciel en 1e strophe, la terre en 2e strophe, et la pluie en 3e strophe, se décline le long des deux dernières strophes. Ainsi, les cloches sautent avec furie et hurlent, les esprits geignent, les corbillards défilent et l’Angoisse plante son drapeau noir.

L’état d’esprit et le moral de ceux qui subissent ces éléments et en particulier du poète, empire au fur et à mesure de l’avancement du poème jusqu’au déchaînement de violences.  Les  plaintes et gémissements, sont subitement accompagnées de rébellions, voire de violences.

Furieuses, les cloches sautent et hurlent, et dans la guerre intérieure qui se déclenche dans le crâne du poète (adjectif possessif : mon) entre l’Espérance de voir que le temps s’améliore (écrit 2 fois avec une majuscule et en contre-rejet dans le vers 18) : L’Espérance » avec une majuscule est une allégorie (=notion abstraite personnifiée)) et l’angoisse qui est également personnifiée, c’est l’Angoisse qui gagne et qui plante son drapeau noir dans son cerveau (souffrance au propre et au figuré).

Explication du passage :

Baudelaire décrit, dès la 1ere strophe du poème, le ciel spleenétique. Le poème recèle de nombreux adjectifs fortement connotés (bas et lourd, noir, triste), deux verbes fortement imagés (pèse, verse) ainsi que des comparaisons, métaphores et rapprochements d’idées (comme un couvercle, en proie aux longs ennuis, plus triste que les nuits).

De même, le poète nous fait ressentir tout le mal-être  ambiant en employant le champs lexical de la noirceur (jour noir : oxymore), du poids du ciel (bas, le couvercle pèse, lourd), de l’humidité (pluie, humide, pourris, traînées,), de la tristesse, de la souffrance (geindre) et de l’enfermement (couvercle, vaste prison, barreaux), de la passivité (muet) et de la mort (corbillards).

Du ciel dépend, chez lui, tout un flot d’évènements, car lorsqu’il est bas, et qu’il pleut, il verse un jour noir ( V4 – métaphore avec verser de l’eau), de la pluie drue qui transforme la terre en cachot humide et en prison.

Dans la strophe 4, ce n’est plus le ciel qui inflige de la tristesse et du malheur sur la terre. Les cloches (symbole du bruit, donc de la vie) qui sautent vers le ciel et les esprits qui geignent pour la deuxième fois, se rebèllent.

Il y a donc un parallèle établi par Baudelaire entre la première strophe et la quatrième, parallèle qui renforce le sentiment d’enfermement des esprits.

Ainsi, ce terrible ciel agit sur l’état d’esprit et le moral de ceux qui le subissent en plus du poète (nous) . Le temps terriblement maussade qui règne dans cet univers leur inflige une souffrance aiguë, et leur esprit gémit.

Des images morbides face à cette atmosphère macabre se succèdent : cachot humide en v.5, plafonds pourris en V.8, immenses traînées V.9, vastes prisons, barreaux, filets, longs corbillards, drapeau noir.

Bien que l’Espoir existe (2 fois en majuscule), que les chauve-souris tentent de s’échapper avec leurs ailes timides, que les cloches sautent et que les esprits se plaignent, c’est l’Angoisse (personnalisée, avec plusieurs adjectifs : atroce, despotique (allitération en s))  qui termine vainqueur du combat.

Le poète incline sa tête (au sens propre et au figuré) devant les éléments qu’il ne peut changer, et devant sa propre souffrance morale.

 

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LXXVIII – Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Oral du bac français : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

Oral du bac  français : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

Aujourd’hui, je vous propose de préparer ensemble une nouvelle simulation de l’oral du bac français avec le texte : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET.


Avant de débuter notre analyse du texte « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français, voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral : ce qui est demandé au candidat, c’est d’avoir :

  • Une bonne capacité d’analyse critique et de prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée.

  • De préparer une bonne introduction au commentaire de texte (aussi bien à l’oral qu’à l’écrit) avec le nom de l’auteur, le genre, le thème, l’époque et la situation du passage dans l’oeuvre.

  • De faire un plan détaillé de votre explication avec les exemples à citer (en les soulignant dans le texte), ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe et de retrouver les exemples plus facilement.

 

 


Déroulement de l’épreuve :

Plan du travail en vue de l’oral :

  • Introduction : présenter l’auteur et le texte en le centrant sur la problématique.

Alphonse Daudet , est né la même année qu’Emile Zola (en 1840) et dix ans avant Guy de Maupassant (1850) : voir simulation d’oral du bac « Le Horla » de Maupassant.

Né à Nîmes dans le département du Gard, il est mort en (à l’âge de 57 ans) à Paris.  C’est un écrivain et auteur dramatique français. Il est célèbre pour ses Lettres de mon moulin publiées en 1869.  L’une d’elles, intitulée « La légende de l’homme à la cervelle d’or », est un récit personnel, de genre épistolaire (écrit sous forme d’une lettre) où il exprime tout d’abord sa tristesse d’avoir perdu un ami, puis dans un deuxième temps, il offre le cadeau (d’une légende mélancolique) racontant la vie d’un enfant, puis d’un jeune homme généreux abusé par ses proches parce qu’il possède un cerveau en or qu’il disperse naïvement. C’est un apologue d’abord paru dans L’Événement du 29 septembre 1866 (Un apologue est un récit qui a pour fonction d’illustrer une leçon morale qui peut être formulée explicitement).

Cours de français à, distance
Portrait d’Alphonse Daudet
  • Lire le texte : vous pouvez le trouver sur Internet.
  • Rappeler la question comment expliquez-vous cette légende ?
  • Annoncer les grands axes.

I -Lettre en deux parties à une dame qui demande des histoires gaies.

 

  1. Une lettre triste qui reflète le vécu et la tristesse de l’auteur (fonction affective).
  2. Cadeau de la légende de l’homme à la cervelle d’or à la dame qui demande des histoires gaies.

II- L’épuisement de son or

  1. La légende de l’homme à la cervelle d’or.
  2. Cupidité des gens qui abusent de la générosité du personnage- auteur.

Explication du passage :

De genre épistolaire, Les premiers paragraphes simulent un dialogue : l’ épistolier qui s’exprime à la première personne du singulier écrit une lettre à une dame qu’il vouvoie « En lisant votre lettre, madame ». Elle est le destinataire : (c’est la personne à qui la lettre est adressée). De même, la lettre se termine par une formule de congés : »Telle est, madame, la légende de l’homme à la cervelle d’or ».

Dans cette lettre, l’épistolier exprime ses sentiments et les faire connaître à sa destinataire. Elle a ainsi dans la première partie une fonction affective importante. Bien qu’il s’étonne de sa tristesse : Pourquoi serais-je triste, après tout ? Il est anéanti pour différentes raisons : il broie régulièrement du noir  : couleur un peu trop demi-deuil de mes historiettes,  Paris qui lui envoie des éclaboussures de ses tristesses. Puis il est en deuil, il a perdu son ami Charles Barbara (qui lui inspire en partie la légende de l’homme ….) : je viens d’apprendre la mort misérable du pauvre Charles Barbara ; et mon moulin en est tout en deuil.

Puis débute la légende qui est une histoire vraie d’après son auteur : la légende de L’homme à la cervelle d’or commence par la locution verbale impersonnelle « il y a » et elle ne s’embarrasse pas de vraisemblance scientifique L’enfant naît avec une cervelle d’or. C’est un enfant prodigue. Puis il devient un homme. Toute sa vie, ses proches en profitent (parents, amis et femme) que ce soit de manière consciente ou inconsciente. Toutefois l’homme à la cervelle d’or ne tire pas d’avantages de cette situation : il ne semble pas vraiment heureux (enfance gâchée, cupidité de sa famille et de sa femme, décès de sa femme) et connaît une fin tragique car il semble proche de la mort à la fin du conte.

Conclusion

Cette nouvelle peut se comprendre en partie par cette phrase,  : « Il y a par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C’est pour eux une douleur de chaque jour »

Ces pauvres gens, ce sont les créateurs, les écrivains dont c’est le métier, qui souffrent chaque jour pour produire et gagner leur vie. L’homme à la cervelle d’or est donc une métaphore des écrivains (A Daudet et Charles Barbara) qui créent leurs œuvres en épuisant leurs ressources intérieures, jusqu’à ce que celles-ci soient anéanties. Ils signent alors leur mort (réelle ou artistique).

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Oral du bac : discours d’Ernest Renan, Science et progrès moral

Avant de débuter notre analyse en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français, voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral  : ce qui est demandé au candidat :

  • une bonne capacité d’analyse critique

  • De prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée

  • Faire un plan détaillé de votre explication, ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe.

« Discours » d’Ernest Renan, Science  et progrès moral

Texte : Ernest Renan, Discours. […]

Ai-je réussi à vous montrer, Messieurs, que ces études 1 en apparence réservées à un petit nombre sont des mères fécondes de découvertes dont tous profitent, que le peuple a le plus grand intérêt à ce qu’il y ait des savants qui travaillent à agrandir le cercle des connaissances humaines, que les plus belles inventions sortent de travaux d’abord obscurs et solitaires ? Et ces inventions ne sont rien, comparées à ce qu’on pourrait faire. Et le bien qui en est résulté pour le peuple n’est rien, comparé à celui qui en sortira. Songez qu’il n’y a que cent ans à peine que l’on applique sérieusement la science aux besoins de la vie. Que les machines et les inventions nouvelles soient parfois une cause momentanée de trouble et de gêne pour l’ouvrier, c’est ce qui arrive malheureusement, car les transformations sociales se font lentement, ou du moins ne vont pas du même pas que les inventions ; l’équilibre met du temps à se rétablir. Mais je n’ai aucun doute sur l’avenir. Je suis convaincu que les progrès de la mécanique, de la chimie, seront la rédemption 2 de l’ouvrier ; que le travail matériel de l’humanité ira toujours en diminuant et en devenant moins pénible, que, de la sorte, l’humanité deviendra plus libre de vaquer à une vie heureuse, morale, intellectuelle. Jusqu’ici la culture de l’esprit n’a pu être qu’une chose de luxe, car les besoins matériels sont impérieux, il faut avant tout les satisfaire. La condition essentielle du progrès est que cette satisfaction devienne de plus en plus facile, et il n’est pas trop hardi de prévoir un avenir où, avec quelques heures de travail peu pénible, l’homme acquittera sa dette de travail, rachètera sa dette de liberté. Soyez sûr que c’est à la science que l’on devra ce résultat. Aimez la science, Messieurs, respectez-la. Croyez-le, c’est la meilleure amie du peuple, la plus sûre garantie de ses progrès. […]

Ernest Renan, Discours prononcé le 1er mai 1869 à l’occasion de sa candidature aux élections législatives. 1.images

Déroulement de l’épreuve :

Historien et philosophe du XIX ème siècle du mouvement positiviste, cet extrait de Conférence est un discours argumentatif et informatif prononcé à Lagny en 1869, dans lequel  Ernest Renan soutient l’importance des sciences qu’il lie au progrès et à la liberté de l’homme.


Plan du travail en vue de l’oral :

  • Rappeler la question : Comment Ernest Renan cherche-t-il à communiquer sa confiance en la Science ?
  • Annoncer les grands axes : 

I -Un discours argumentatif percutant et convaincant

  1. Argumentation construite et rhétorique implacable
  2. La Science aura une incidence sur l’avenir en améliorant la vie des ouvriers

II-Qui fait l’éloge de la science et du progrès et de ses bienfaits pour le peuple

  1. Accroissement des connaissances humaines et d’inventions intéressantes
  2. Eloge de la vie heureuse, et de la culture de l’esprit;

Explication du passage : 

 1) Argumentation construite et rhétorique (art d’agir par la parole sur les opinions et les émotions – puissance du verbe) implacable

Le discours, très structuré, percutant et pédagogue cherche à capter l’adhésion du public (masculin certainement) en l’interpellant régulièrement, et ce dès la 1ere ligne (« Messieurs »), et en lui posant une question, ce qui l’invite  à réfléchir avec lui.

Il utilise également le mode impératif à la ligne 5, 16 et 17 (Songez, aimez, respectez-la, croyez-le)

Afin d‘asseoir sa légitimité et donner confiance à son auditoire, Ernest Renan évoque « un petit nombre  de savants solitaires (on) (dont il fait partie) qui oeuvre pour le bien du peuple et pour le progrès de l’humanité. Son texte est rationnel, personnel avec l’introduction du « je » à la ligne 9.

E.Renan utilise également des arguments d’autorité historiques (Il y a cent à peine que l’on applique la science aux besoins de la vie). Il jongle avec le temps : par le passé (le bien qui en a résulté pour le peuple), le présent (les machines peuvent être cause de troubles….) et le futur qui occupe toute la deuxième partie de ce discours;

 E.Renan se sert de plusieurs phrases emphatiques commençant par « c’est » pour mettre en valeur ces idées et surtout le terme  » science » : « C’est ce qui arrive malheureusement », «  »c’est à la science que l’on devra ce résultat », « c’est la meilleure amie du peuple ».

Il emploie également des phrases déclaratives  en chaîne : « depuis songez….ouvrier », je suis convaincu…intellectuelle, la condition essentielle…liberté.

Même si E.Renan concède que les machines et les inventions sont parfois des causes et de troubles et de gênes pour l’ouvrier, son lexique est très précis et est toujours mélioratif et valorisant. Il fait appel à la fois à la raison du destinataire (pour le convaincre du bien- fondé de ses propos en déroulant une argumentation solide et plusieurs superlatifs), et à ses sentiments pour le persuader   :  » tous profitent », « mères fécondes, plus grand intérêt, plus belles inventions, plus libre, vie heureuse, meilleure amie, la plus sûre garantie…. »

D’autre part, E.Renan avec le choix de ses verbes, affirme sa certitude d’être dans le vrai ; il use d’expression qui traduisent son assurance, sa confiance dans ses idées avec des groupes verbaux comme : « je n’ai aucun doute, je suis convaincu, il n’est pas trop hardi, et aussi des futurs avec deviendra, , acquittera, rachètera, …

Dans la conclusion de ce passage (2 dernières phrases), E.Renan interpelle à nouveau le public.

-La thèse défendue est clairement exprimée dès le départ : Chaque découverte de l’esprit constitue un progrès pour l’humanité.

2)  : La Science aura une incidence sur l’avenir en améliorant la vie des ouvriers et en lui rendant sa liberté bien méritée

Au départ, la classe ouvrière est formée surtout d’individus déracinés, illettrés, sans tradition de luttes, habitués à subir les évènements avec résignation. L’ouvrier ne se plaint pas des conditions de travail . Les journées de travail dépassent souvent dix heures et il n’ y a pas de congés. Les accidents du travail sont nombreux notamment dans les mines ou les coups de grisou sont des explosions meurtrières. Les salaires sont faibles. Le logement des ouvriers est souvent misérable et ne s’améliore que lentement. Les villes industrielles sont parfois malsaines. Dans les usines, le bruit est permanent, la température est élevée l’été et glaciale l’hiver. La malpropreté règne dans tous les ateliers, entre autres à cause de l’utilisation d’huile.

L’insécurité est présente tout au long des journées. Le travail dans les fabriques est très éprouvant physiquement comme moralement. Aux déplorables conditions de travail s’ajoute la fatigue des trajets. Ces faiblesses physiques et morales sont alors très propices au développement de maladies. Ce travail pénible provoque un taux de mortalité plus élevé dans la classe ouvrière que dans les autres classes sociales. Ex : le travail est extrêmement pénible dans les mines et dans les usines du Creusot (usine la plus grande de France, ce qui engendre de nombreuses grèves).

Pour améliorer ces conditions de vie et de travail des ouvriers, E. Renan propose les recherches scientifiques, lesquelles accroissent les connaissances humaines,  puis les inventions et de nouvelles machines. Ces études travaillent aux progrès de la mécanique et de la chimie.

Dans ces conditions, et avec le temps, le travail pourra aller en diminuant et l’ouvrier pourra connaître le Salut (ou rédemption). La Rédemption est un concept théologique du christianisme, qui met l’accent sur l’aspect divin du mystère du Salut de l’homme. Dieu rachète l’homme de l’esclavage du mal et du péché, afin de lui rendre sa liberté. Ainsi, l’homme, après quelques heures de travail non pénible, se sentira libre de ne plus travailler (déculpabilisation). De sa dette de travail ( il ne travaille jamais assez pour assouvrir ses besoins matériels), il se préoccupera désormais de sa dette de liberté (concept totalement novateur pour l’époque).

II-Qui fait l’éloge de la science et du progrès et de ses bienfaits pour le peuple

  1. Accroissement des connaissances humaines et d’inventions intéressantes

Le discours prononcé par Renan en 1869 spécule que les découvertes des scientifiques profiteront à tout le peuple et même à l’humanité. Il est vrai que la machine à vapeur permit aux travailleurs de se déplacer en train;

La théorie électromagnétique de la lumière en 1864 par Maxwell, l’ invention de la dynamite par Nobel en 1867, la mise au point du béton armé en 1867, les premiers procédés de photographie en couleur en 1869, la classification périodique des éléments par Mendeleïev en 1869 apportèrent des lumières à la chimie et dans d’autres domaines et l’invention de la presse rotative en 1845 apporta un progrès dans le domaine de la mécanique.

Forte de ses inventions, même si elles pertubent le peuple dans un premier temps, elles apporteront du bien-être car le travail sera moins pénible, et les besoins matériels seront plus faciles à satisfaire.

2) Eloge de la vie heureuse, et de la culture de l’esprit;

En outre,  Renan défend l’idée que la science améliore non seulement la vie matérielle des hommes mais leur apporte aussi un progrès moral et une liberté de penser. En effet, comme le travail ira en diminuant, l’humanité aura du temps pour vaquer à une vie intellectuelle (en s’instruisant, en lisant, en cultivant son esprit), donc elle pourra combattre l’illettrisme. Elle pourra avoir des loisirs, vaquer à une vie heureuse, morale et intellectuelle.

Conclusion: Dans cette conférence, Renan utilise toutes les ressources de l’art oratoire pour amener son auditoire à partager son point de vue sur l’importance de la science et sur le bien qu’elle apporte à l’humanité. Il utilise des arguments irréfutables dans la mesure où il renvoie à un passé d’extrême machinisation  pour l’opposer  à la mise en place dans la société progressiste de facteurs moraux, sentimentaux et de nouveaux modes de pensées recentrés sur la liberté. Il exprime un jugement catégorique  et théologique et se projette dans le futur qui grâce aux savants sera selon lui radieux moralement et matériellement.

On peut rapprocher cette vision de la société et de la science comme progrès, de celle des philosophes du 18ème, comme Voltaire, qui pensait lui-même que l’homme éduqué allait vers une société meilleure et plus juste, mais tout de même un peu idéaliste.

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