Analyse de « L’amour et le crâne » de Charles Baudelaire

Voici une proposition d’analyse de « l’amour et le crâne » de Charles Baudelaire en vue de la préparation d’un commentaire composé.
L’amour et le crâne de Baudelaire

Tout d’abord, avant d’étudier ce poème, nous devons débuter par une biographie succincte de Charles Baudelaire.

Voici une proposition d’analyse de « l’amour et le crâne » de Charles Baudelaire en vue de la préparation d’un commentaire composé.

L’amour et le crâne de Baudelaire

Tout d’abord, avant d’étudier ce poème, nous devons débuter par une biographie succincte de Charles Baudelaire.

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Charles Pierre Baudelaire est un poète né à Paris le 9 avril 1821 (la même année de que G. Flaubert) et mort à Paris le 31 août 1867 à l’âge de 46 ans. Grand poète du XIXème siècle, Charles Baudelaire est connu pour deux œuvres, les Fleurs du Mal et le spleen de Paris (le mot Spleen traduit chez Baudelaire l’ennui et le dégoût généralisé de la vie).

Très jeune, Charles Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle mais obtient néanmoins son baccalauréat.

Rapidement, et après son voyage en paquebot pour les Indes, il est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. C’est à cette époque qu’il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal (titre antithétique). Ses débuts littéraires datent de 1843 approximativement.

Ce recueil de poèmes publié en juillet 1857, très controversé et attaqué, met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Le projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal et de la perversité humaine et transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence.

Il est condamné  pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.

Les poèmes de Charles Baudelaire, qui a reçu de par sa naissance en 1821 un héritage classique, romantique et réaliste, sont par nature lyriques et rattachés au mouvement littéraire du symbolisme. Ce sont des poèmes réguliers à forme fixe où la beauté est recherchée pour tendre vers la perfection du texte. Le symbolisme est en opposition au monde matériel. les symbolistes recherchent la suprématie de la sensibilité et du plaisir des sensations, tout y est fugace et éphémère.

Croulant sous les dettes, il part en Belgique pour y donner des conférences. Mais en 1866, il commence à avoir des problèmes de santé. Il s’éteint un an plus tard (1867) des suites de la syphilis et de l’abus d’alcool, sans avoir été reconnu de son vivant, ce que l’aura profondément attristé. En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

 


 

L’Amour est assis sur le crâne

De l’Humanité,

Et sur ce trône le profane,

Au rire effronté,

 

Souffle gaiement des bulles rondes

Qui montent dans l’air,

Comme pour rejoindre les mondes

Au fond de l’éther.

 

Le globe lumineux et frêle

Prend un grand essor,

Grève et crache son âme grêle

Comme un songe d’or.

 

J’entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

– « Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?

 

Car ce que ta bouche cruelle

Éparpille en l’air,

Monstre assassin, c’est ma cervelle,

Mon sang et ma chair.

 

« L’amour et le crâne » de Baudelaire

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Analyse 

Ce poème, au titre énigmatique (le crâne est l’endroit central de nos sentiments), est extrait de la section des fleurs du mal. Il est composé de cinq strophes de quatre vers. Il y donc cinq quatrains. Dans chaque strophe, il y a une alternance entre un octosyllabe (vers de huit syllabes) et un pentasyllabe (vers de cinq syllabes). Il contient différents mètres, il est donc hétérométrique.

Nous constatons une alternance de rimes pauvres, suffisantes ou riches (frêle avec grêle) et une succession respectée de rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et des rimes masculines. Les rimes sont croisées, du type ABAB.

Dans le premier quatrain, Baudelaire met en relief deux substantifs (avec les majuscules) Amour et Humanité.  L’Amour est un terme important dans ce poème car il est à la fois présent dans le titre et dans le premier vers, à son début et avec une majuscule, et il est personnifié car « il est assis ». Nous pouvons ainsi en déduire que le thème général de ce poème tourne autour de ce sentiment dans une représentation allégorique.

L’autre substantif essentiel à la compréhension du poème est Humanité, qui représente l’ensemble des hommes, la race humaine. Son sens est triplement renforcé par la majuscule, par sa position en mot unique dans le pentasyllabe et par son rejet en deuxième vers.

L’Amour qui pourrait être Dieu car Dieu est amour (métaphore entre l’Amour et Dieu) nous permet de déduire dans ce premier quatrain, que l’Amour embrasse la race humaine de toute sa hauteur (sur le crâne : connotation un peu macabre) et distille ce sentiment dans la tête de chacun.

Assis dans le fauteuil de Dieu, le profane (qui est dépourvu de caractère religieux), joue à souffler des bulles qui se perdent dans l’espace au-delà de l’atmosphère. L’auteur, en rejetant l’action exercée par le profane dans le deuxième quatrain, souligne l’opposition entre l’Amour et sa destruction (les bulles s’éparpillent). L’effet de ce quatrain est renforcé par l’allitération en « r » (trône, profane, rire, effronté, ronde, rejoindre, éther) et l’harmonie imitative qu’il insuffle pour imiter le son produit (érosion) par la répétition du phonème « r ». Ainsi le profane ne croit pas à l’amour, il en rit et le détruit en chacun de nous.

Dans le troisième quatrain, l’auteur utilise une belle métaphore entre le crâne de l’homme (qui est frêle) et le globe qui représente la terre ou l’Humanité (qui est lumineux). Ces deux adjectifs qualificatifs sont en outre employés de manière antithétiques. Il y a également une allitération en « g » (globe, grand, grèbe, grêle) qui est une consonne occlusive, dorso-vélaire, sonore, dure et gutturale associée au « r » de grève et grêle.

Sous l’effet des bulles rondes soufflées par le profane, l’absence d’amour (ou la montée de la haine ou du mal) s’accroît et accable le monde au point de lui faire perdre son âme.

Le quatrième quatrain est différent des autres par sa structure et par l’implication de l’auteur. En effet, le vers débute par un « j » apostrophe, ce qui resserre la focalisation sur un des sens de l’auteur car il « entend » des plaintes produites par toutes les personnes atteintes par les bulles chargées de haine. Ces personnes souffrent, prient Dieu et l’interrogent pour que ce jeu finisse car c’est ridicule de haïr au lieu d’aimer.

L’auteur utilise dans ce quatrain et le suivant une harmonie imitative suivie dans une allitération avec la consonne fricative uvulaire voisée vibrante « r » avec les substantifs, et avec les verbes et adjectifs (crâne, prier, gémir, féroce, ridicule, cruelle, éparpille, air, monstre, cervelle, chair).

On peut constater que tous ces mots cités font partie du champ lexical de la souffrance, de la douleur et même de la mort, car le cruel profane qui ne croit pas en l’amour et qui disperse sa haine (les bulles remplies de cerveau, de sang et de chair) à travers le monde (métaphore entre l’air et le monde) tue chacun de nous, donc l’Humanité croyante.

Les deux substantifs « monstre et assassin », l’un après l’autre et la tournure emphatique (c’est) renforcent de manière hyperbolique la nature malveillante et destructrice du profane qui détruit par sa bouche (et par ses paroles) l’auteur (ma, mon) et le reste de l’humanité.

Conclusion : ce poème est un hymne à l’amour et à la croyance que l’amour peut sauver le monde du mal.

 

 

 

 

 

 

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Commentaire de texte bac : l’aveugle de Guy de Maupassant

Dans ce cours, je propose à mes élèves de les accompagner dans l’étude d’un plan détaillé en vu de la composition d’un commentaire composé pour les épreuves du bac sur le texte « l’aveugle » de Guy de Maupassant.

Commentaire de texte bac : l’aveugle de Guy de Maupassant

Dans ce cours, je propose à mes élèves de les accompagner dans l’étude d’un plan détaillé en vue de la composition d’un commentaire composé pour les épreuves du bac sur le texte « l’aveugle » de Guy de Maupassant paru en 1882.


Cours de français à distance de centre d'accompagnemet en français
L’aveugle de G.de. Maupassant

Guy de MAUPASSANTné en 1850 est un grand écrivain français, lié à Emile Zola et à G. Flaubert.  Gustave Flaubert, né en 1821 fut le maître du jeune G. De Maupassant. En effet, G.de Maupassant suivit ses conseils, ses idées, ses méthodes d’observation et de composition. Ce fut son élève pendant plusieurs années.

Ses romans (Une vie en 1883, Bel ami en 1885, Pierre et Jean en 1888), ses contes et ses nouvelles (Boule de suif en 1880, les contes de la bécasse en 1883, Le Horla en 1886) composés entre réalisme et fantastique, mettent en scène un certain pessimisme. Le style, la description, la conception et la pénétration s’échappent de sa plume féconde.

Durant les dernières années de Maupassant, se développent en lui un amour exagéré pour la solitude, un instinct de conservation maladif, une crainte constante de la mort, et une certaine paranoïa, dus à une probable prédisposition familiale, sa mère étant dépressive et son frère mort fou, mais surtout à la syphilis, contractée pendant ses jeunes années.  Il est mort le  à Paris.


« L’Aveugle » fut publié dans le journal « Le Gaulois » du 31 mars 1882. Cette nouvelle est une nouvelle réaliste cruelle. Elle est extraite de « Contes divers » sortis la même année.


Voici une problématique : 

Comment l’intérêt du lecteur est-il suscité dans cette nouvelle ?


Dans cette nouvelle en forme de conte, G de MAUPASSANT suscite l’intérêt du lecteur dès le début en expliquant à travers les yeux d’un narrateur l’intérêt de posséder tous ses sens dont celui de la vue pour être heureux de vivre. Puis, il prend l‘exemple d’un aveugle pour étayer sa thèse. C’est le début du conte relaté dans un registre pathétique afin d’inspirer au lecteur des émotions fortes devant des situations injustes et inhumaines. Ce conte est aussi un apologue, car nous pouvons constater qu’il se dégage une morale du destin tragique de cet aveugle : plus l’homme est vulnérable, faible et incapable de se défendre, plus l’être humain (sa famille, les voisins, les paysans), la société, la nature (la neige) et même les animaux (les chiens, les chats, les corbeaux) deviennent cruels avec lui au point de souhaiter ou de favoriser sa mort. Autrement dit : La faiblesse extrême due à un handicap ou à une infirmité (la cécité) et la peur de la différence, libèrent chez les personnes mal intentionnées une attitude malveillante : méchanceté voire cruauté, avarice, sadisme, barbarie, bestialité ; Parce qu’il est aveugle, il devient un paria, un souffre-douleur, un martyr dont on veut se débarrasser.


Afin d’établir un plan très détaillé qui servira de base à un commentaire composé, nous allons étudier le texte de manière linéaire.

I – Une nouvelle qui défend une thèse  : voir le ciel, le soleil et les couleurs rend heureux et l’inverse rend morose et pitoyable. Elle montre également l’émotion et l’empathie du narrateur  à la fin de la nouvelle.

1) Forte implication du narrateur au début et à la fin de la nouvelle : marques de modalisation (je,..). Pensée mélancolique pour le gueux.

2) Voir :  le sens de la vue important pour le bonheur : emploi répété de questions ? Emploi d’adjectifs qualificatifs de couleur aux lignes 2 et 3….nombreuses répétitions (envie) et champ lexical du bonheur.

 Transition   Il ne peut jouir des couleurs car il est aveugle. L’auteur nous montre explicitement ce contraste. Choix des mots antithétiques entre le premier paragraphe et le second.

 

II – Le conte L’aveugle, conte cruel  (exemple pour étayer sa thèse)

  1. Description de l’aveugle : horrible infirmité, figure toute pâle, impassible, …

Figures de style : Périphrase : Seules ses paupières, qu’agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. La cécité est représentée par la tâche blanche de ses yeux.

Comparaisons : deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter.

  • Les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d’entre elles.

2- Le malheur de l’aveugle : gradation dans la haine et la violence à son égard.

      Sa souffrance – sa soumission (champs lexicaux), la moquerie de son entourage : comparé à un fainéant et à un manant, mal nourri, victime de jeux de plus en plus cruels. Comparé à une bête.

     Son sort : il est victime de maltraitances physiques de la part de toute la communauté (le jeu des baffes). Il est obligé de mendier pour être nourri.  On ne vient pas le chercher à la fin de la journée et on le laisse mourir de froid dans la neige (mort blanche). Enfin, il est dévoré par les corbeaux. (Pour la mort blanche, il faut relever le contraste funèbre de la noirceur des corbeaux / antithèse).

Conclusion :

Guy De Maupassant présente dans cette nouvelle l’importance du sens de la vue à travers le conte de l’aveugle. Il dénonce également avec réalisme la cruauté du monde paysan.


Texte 

L’AVEUGLE    Qu’est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l’allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie, on voudrait embrasser le soleil.
Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscurité, restent calmes comme toujours au milieu de cette gaieté nouvelle, et, sans comprendre, ils apaisent à toute minute leur chien qui voudrait gambader.
Quand ils rentrent, le jour fini, au bras d’un jeune frère ou d’une petite soeur, si l’enfant dit : « Il a fait bien beau tantôt ! », l’autre répond : « Je m’en suis bien aperçu, qu’il faisait beau, Loulou ne tenait pas en place. »
J’ai connu un de ces hommes dont la vie fut un des plus cruels martyres qu’on puisse rêver.
C’était un paysan, le fils d’un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l’existence atroce commença. Recueilli par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. A chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l’appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d’héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu’il ne mourût point.
Il avait une figure toute pâle, et deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter ; et il demeurait impassible sous l’injure, tellement enfermé en lui-même qu’on ignorait s’il la sentait. Jamais d’ailleurs il n’avait connu aucune tendresse, sa mère l’ayant toujours un peu rudoyé, ne l’aimant guère ; car aux champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d’entre elles.
Sitôt la soupe avalée, il allait s’asseoir devant la porte en été, contre la cheminée en hiver, et il ne remuait plus jusqu’au soir. Il ne faisait pas un geste, pas un mouvement ; seules ses paupières, qu’agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. Avait-il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandait.
Pendant quelques années les choses allèrent ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilité finirent par exaspérer ses parents, et il devint un souffre-douleur, une sorte de bouffon-martyr, de proie donnée à la férocité native, à la gaieté sauvage des brutes qui l’entouraient.
On imagina toutes les farces cruelles que sa cécité put inspirer. Et, pour se payer de ce qu’il mangeait, on fit de ses repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l’impotent.
Les paysans des maisons prochaines s’en venaient à ce divertissement ; on se le disait de porte en porte, et la cuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l’infirmité de l’homme et, tout doucement, s’approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l’attention du pauvre diable, elle s’écartait prudemment pour éviter le coup de cuiller qu’il envoyait au hasard devant lui.
Alors c’étaient des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassés le long des murs. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettait à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancée, il protégeait et défendait son assiette.
Tantôt on lui faisait mâcher des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu’il ne pouvait distinguer.
Puis on se lassa même des plaisanteries ; et le beau-frère enrageant de le toujours nourrir, le frappa, le gifla sans cesse, riant des efforts inutiles de l’autre pour parer les coups ou les rendre. Ce fut alors un jeu nouveau : le jeu des claques. Et les valets de charrue, le goujat, les servantes, lui lançaient à tout moment leur main par la figure, ce qui imprimait à ses paupières un mouvement précipité. Il ne savait où se cacher et demeurait sans cesse les bras étendus pour éviter les approches.
Enfin, on le contraignit à mendier. On le portait sur les routes les jours de marché, et dès qu’il entendait un bruit de pas ou le roulement d’une voiture, il tendait son chapeau en balbutiant : « La charité, s’il vous plaît. »
Mais le paysan n’est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne rapportait pas un sou.
Ce fut alors contre lui une haine déchaînée, impitoyable. Et voici comment il mourut.
Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horriblement. Or son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l’aumône. Il l’y laissa tout le jour, et quand la nuit fut venue, il affirma devant ses gens qu’il ne l’avait plus retrouvé. Puis il ajouta : « Bast ! faut pas s’en occuper, quelqu’un l’aura emmené parce qu’il avait froid. Pardié ! i n’est pas perdu. I reviendra ben d’main manger la soupe. »
Le lendemain, il ne revint pas.
Après de longues heures d’attente, saisi par le froid, se sentant mourir, l’aveugle s’était mis à marcher. Ne pouvant reconnaître la route ensevelie sous cette écume de glace, il avait erré au hasard, tombant dans les fossés, se relevant, toujours muet, cherchant une maison.
Mais l’engourdissement des neiges l’avait peu à peu envahi, et ses jambes faibles ne le pouvant plus porter, il s’était assis au milieu d’une plaine. Il ne se releva point.
Les blancs flocons qui tombaient toujours l’ensevelirent. Son corps raidi disparut sous l’incessante accumulation de leur foule infinie ; et rien n’indiquait plus la place où le cadavre était couché.
Ses parents firent mine de s’enquérir et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.
L’hiver était rude et le dégel n’arrivait pas vite. Or, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeaux qui tournoyaient sans fin au-dessus de la plaine, puis s’abattaient comme une pluie noire en tas à la même place, repartaient et revenaient toujours.
La semaine suivante, ils étaient encore là, les oiseaux sombres. Le ciel en portait un nuage comme s’ils se fussent réunis de tous les coins de l’horizon ; et ils se laissaient tomber avec de grands cris dans la neige éclatante, qu’ils tachaient étrangement et fouillaient avec obstination.
Un gars alla voir ce qu’ils faisaient, et découvrit le corps de l’aveugle, à moitié dévoré déjà, déchiqueté. Ses yeux pâles avaient disparu, piqués par les longs becs voraces.
Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l’avaient connu.



Pour en savoir plus sur le commentaire composé,

ou pour avoir un cours sur la méthodologie de cette épreuve

 m’envoyer un message  à mongeb@hotmail.fr

ou dans le formulaire ci-dessous

pour me faire part de votre demande.

Merci !

Comment analyser et commenter un extrait de Candide ou l’optimisme de Voltaire ?

Candide ou l’optimisme est paru en 1759. Candide est un conte en prose philosophique où Voltaire critique la vision optimiste en réaction envers certains philosophes de l’époque comme Leibniz.

Comment analyser et commenter un extrait de Candide

ou l’optimisme de Voltaire ?

 


Avant de commencer notre analyse de l’extrait de candide ou l’optimisme de Voltaire, nous devons réviser la biographie de Voltaire qui est un dramaturge du 18ème siècle (1694-1778) et un philosophe français qui écrivit contre l’intolérance (voir mon autre article sur Voltaire) . –

Centre d'Accompagnement en Français
Portrait de Voltaire

Candide ou l’optimisme est paru en 1759. Candide est un conte en prose philosophique où Voltaire critique la vision optimiste en réaction envers certains philosophes de l’époque comme Leibniz.

Recherche des axes : 

Trouver les axes et les sous-axes :

Tout d’abord, vous devez vous demander ce que dénonce Voltaire dans le nègre de Surinam. Autrement dit, à travers la réalité historique,  il veut faire réfléchir son lecteur sur  :

  • L’esclavage en dénonçant ses horreurs et ceux qui en profitent
  • Les procédés employés pour se procurer des esclaves
  • Une atteinte à la liberté
  • La religion chrétienne et ses partisans

Que constatez-vous sur le déroulement des événements en lisant cet  extrait ?

  • Candide et Cacambo rencontrent un nègre au bord d’un chemin, il leur raconte sa misérable vie qui se résume à peu de choses. Ses malheurs sont dus à un commerçant blanc.

Quel est le ton employé :

  • Ironie et humour noir pour nous faire sourire

Quel peut-être la problématique ?

Nous allons évoquer quelques problématiques possibles :

  • Une scène amusante au service de la critique
  • Comment ce texte parvient-il à dénoncer l’esclavage par le rire ?

Voici les informations essentielles qui vous permettront d’écrire une belle introduction et d’avoir vos axes de travail. A vous de jouer maintenant !!


CHAPITRE 19 – CE QUI LEUR ARRIVA À SURINAM, ET COMMENT CANDIDE FIT CONNAISSANCE AVEC MARTIN

     La première journée de nos deux voyageurs fut assez agréable. Ils étaient encouragés par l’idée de se voir possesseur de plus de trésors que l’Asie, l’Europe et l’Afrique n’en pouvaient rassembler. Candide, transporté, écrivit le nom de Cunégonde sur les arbres. À la seconde journée deux de leurs moutons s’enfoncèrent dans des marais, et y furent abîmés avec leurs charges ; deux autres moutons moururent de fatigue quelques jours après ; sept ou huit périrent ensuite de faim dans un désert ; d’autres tombèrent au bout de quelques jours dans des précipices. Enfin, après cent jours de marche, il ne leur resta que deux moutons. Candide dit à Cacambo : « Mon ami, vous voyez comme les richesses de ce monde sont périssables ; il n’y a rien de solide que la vertu et le bonheur de revoir Mlle Cunégonde. — Je l’avoue, dit Cacambo ; mais il nous reste encore deux moutons avec plus de trésors que n’en aura jamais le roi d’Espagne, et je vois de loin une ville que je soupçonne être Surinam, appartenant aux Hollandais. Nous sommes au bout de nos peines et au commencement de notre félicité. »

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? — J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. — Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait :  » Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.  » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

Extrait du chapitre 19 de Candide ou l’optimiste – le nègre de Surinam de Voltaire


Mais si vous désirez en savoir plus, vous pouvez m’envoyer un message dans le formulaire de contact ci-dessous  !

Analyse de Germinal de Zola

Travail d’analyse pour les lycéens en classes de seconde et première :

Nous nous demandons tous à l’approche d’un contrôle de connaissances, d’un Analyse de Germinal de Zola ou des épreuves du bac anticipé de français si nous allons nous poser toutes les bonnes questions et surtout si nous allons savoir approfondir notre analyse convenablement.

Afin de vous y aider,  voici  une analyse de l’incipit  de Germinal de Zola (romancier réaliste et naturaliste) publié en 1885,  avec quelques rappels de questions :

Analyse de Germinal de Zola

Travail d’analyse du livre Germinal  d’Emile Zola pour les lycéens en classes de seconde et première :

Nous nous demandons tous à l’approche d’un contrôle de connaissances, d’une analyse de textes, par exemple de Germinal de Zola ou des épreuves du bac anticipé de français si nous allons nous poser toutes les bonnes questions et surtout si nous allons savoir approfondir notre analyse convenablement.


Afin de vous y aider,  voici  une analyse de l’incipit  de Germinal de Zola (romancier réaliste et naturaliste) publié en 1885,  avec quelques rappels de questions :

Qu’évoque ce roman de zola ?

Les luttes sociales de la fin du 2eme empire et les événements de 1880 à 1884.

Quelles sont les intentions conscientes de Zola dans cet incipit ?

Zola cherche certainement à nous intriguer (personnage anonyme, pourquoi cet homme entreprend ce voyage en plein coeur de la nuit ?, atmosphère sombre et hostile, quelle est l’identité et le passé du personnage ? ) et à nous émouvoir (l’homme n’est pas couvert et démuni, il est faible et souffrant des mains, sans emploi et sans gîte,..)

 Quels sont les procédés  d’écriture employés par Zola pour nous intriguer et nous émouvoir 

Les procédés lexicaux: 

Reproduction fidèle de la réalité dans la description du lieu avec un vocabulaire (péjoratif ou dépréciatif) riche et imagé avec beaucoup d’informations sur le décor (extérieur, plaine, grande route de Marchiennes, paysage industriel, horizontalité des bâtiments, voix ferrée, talus…. ), les circonstances avec beaucoup de marqueurs spatio-temporels (c’est le mois de mars, vers 2h du matin, depuis 1 heure, sous la nuit sans étoiles, des rafales glacées,..) et d’adjectifs qualificatifs  (rase, noir, creux, immense, aminci, glacés, douloureux..), les compléments circonstanciels, les adverbes, les mouvements ou vers d’action,

Puis vision fantastique : l’enfer minier, obscurité du paysage, vision de l’enfer, symboles de la mort, animalisation du paysage, impression d’étouffement,

 Le point de vue ou focalisation :

la description du début se fait d’un oeil externe, objectif, puis glissement de point de vue :  description de Montsou d’un point de vue interne (vision subjective de l’homme qui a l’espoir de se chauffer les mains).

 Procédés stylistiques :

Nombreux contrastes et antithèses : la nuit glaciale et le ciel mort avec des feux qui brûlent pareils à des lunes fumeuses (métaphore), les feux en plein air (et si haut) avec des constructions basses et écrasées,  lanternes pendues alors que la respiration monte.

La personnification  (le vent est assimilé à un fouet avec les lanières du vent) et de la bâtisse (avec sa respiration grosse et longue)

Nombreuses comparaisons ou analogies : la plaine est vue comme une mer, le pavé à une jetée, le vent glacé aux embruns,

Hyperboles ou exagération : le lieu se transforme en la vision d’un monstre, la fosse devient un personnage.

et nous terminons cette analyse non exhaustive avec 

cette belle Oxymore : des ombres vivantes.

téléchargement

Germinal – Zola – Extrait de la première partie chapitre 1

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.
L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point.


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