Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation

Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation

 

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Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation

 

Questions

1) Qui est Jean Genet ?

Né le 19/12/1910 ; Mort à Paris (France) le 15/04/1986. Jean Genet est un écrivain, poète et dramaturge d’origine française. Considéré comme un des auteurs marquants du XXe siècle, il dépeint d’une écriture poétique et recherchée la perversion, l’érotisme et l’homosexualité.

Quels événements importants ont marqué sa vie ?

De père inconnu, il est abandonné par sa mère quelques mois après sa naissance et connaît une enfance difficile. Jean Genet devient un enfant de l’assistance publique. Placé dans une famille du Morvan qui lui offre une éducation communale, il passe une enfance heureuse. L’écrivain en devenir est bon élève, mais extrêmement réservé. Ses premiers émois masculins remontent à cette époque.

À l’âge de dix ans en 1920, injustement accusé de vol, il est envoyé dans une maison de correction. C’est le début d’une longue trajectoire « délinquante » qui, après des années de vie vagabonde en France et en Espagne. le conduit à la prison en 1942, plus précisément à Fresnes, où il écrit son premier poème, Le Condamné à mort.

A 13 ans en 1923, Jean Genet est placé d’office hors de sa famille d’accueil. À force de fugues, il se retrouve en colonie pénitentiaire.

A la suite d’une série de fugues et de délits mineurs, il connaît sa première expérience carcérale à quinze ans avant d’être mis en détention jusqu’à sa majorité à la colonie pénitentiaire de Mettray.

A 18 ans en 1928, il s’engage dans la Légion étrangère. Il découvre alors l’Afrique, continent qui ne cessera de le hanter.

Il déserte l’armée en 1938 (à 28ans) pour rentrer à Paris où il vit d’errance et de menus larcins.Durant un an, il vagabonde à travers l’Europe avec de faux papiers. De retour à Paris, il fait l’objet, en l’espace de sept ans, d’une douzaine d’inculpations pour désertion, vagabondages, falsification de papiers et vols.

Il passe de fréquents séjours en prison et en 1942,est incarcéré  à Fresnes, où il écrit son premier poème, Le Condamné à mort.

Encensé par Cocteau et Sartre, Genet fréquente les milieux artistiques parisiens et devient dramaturge. Sa pièce la plus célèbre reste « Les Bonnes » qui est jouée En 1947 et  publiée en 1954

Jean Genet passe ensuite la fin de sa vie à combattre les minorités. Grand défenseur de la cause palestinienne, il combat en faveur de l’homosexualité et des anticolonialistes.

C’est en prison qu’il rédige la même année « Notre-Dame-des-Fleurs » et l’année suivante, « le Miracle de la rose ». Il est sur le point d’être condamné à la relégation perpétuelle lorsque Jean Cocteau intervient en sa faveur devant les tribunaux. Il est libéré en 1944. De 1945 à 1948, il écrit coup sur coup trois romans, Pompes funèbres, Querelle de Brest et Journal du voleur, un recueil de poèmes, un ballet et trois pièces de théâtre : Haute Surveillance, les Bonnes et Spendid’s. Sur une pétition d’écrivains lancée par Cocteau et Sartre, il obtient enfin une grâce définitive en 1949.

Entre 1955 et 1961, Genet écrit et publie le Balcon, les Nègres et les Paravents qui le placent au premier rang des dramaturges contemporains. Malgré l’intérêt qu’il manifeste pour la création des Paravents à Paris en 1966 et la publication de ses Lettres à Roger Blin, il connaît une période de dépression et même une tentative de suicide. À partir de décembre 1967, il entreprend un long voyage en Extrême-Orient.

Rongé par le cancer, Genet meurt d’une chute le 15 avril 1986. Il est enterré au Maroc.

2) Jean Genet  jouent une scène à l’intérieur de la pièce : il s’agit de théâtre dans le théâtre.Le théâtre dans le théâtre est une pièce dans laquelle, à un moment donné, les comédiens jouent une pièce de théâtre à l’intérieur même de la pièce ou mise en abyme. (inspiré par l’histoire des soeurs Papin, qui le 2 février 1933, assassinaient leur patronne dans des circonstances effroyables).

La construction de l’action dramatique selon cinq étapes, sur une journée et dans un seul lieu rappelle celle du théâtre classique. C’est du Nouveau théâtre, philosophie de l’absurde.

Précisez le rôle joué par chacune d’elles, résumez l’action qu’elles mettent en scène.

Du début jusqu’à la sonnerie du réveil : du jeu de rôles très ritualisé au brusque retour à la réalité, puis de la sonnerie du réveil à celle du téléphone : l’échec de la machination des bonnes. De la sonnerie du téléphone jusqu’à l’entrée en scène de Madame : les préparatifs de l’assassinat de Madame. De la sonnerie à la porte d’entrée annonçant l’arrivée de Madame à sa sortie de scène : le complet retournement de situation (Monsieur envoyé au bagne, Madame désespérée et voulant se retirer du monde puis relaxe de Monsieur, victoire triomphale de Madame sur le sort). Du départ de Madame à la fin : la catastrophe finale et l’apothéose des bonnes.

La pièce Les Bonnes de Jean Genet, jouée pour la première fois en 1947, n’est divisée ni en actes ni en scènes ou tableaux. L’action se déroule dans un seul et même lieu confiné, la chambre de Madame au service de laquelle officient Claire et Solange.

Sans préambule, l’histoire commence par deux soeurs qui se disent «bonnes», se prénomment Claire et Solange et qui s’amusent à un drôle de jeu, comme jouent les enfants «au papa et à la maman» à tour de rôle. Sauf que dans leur jeu, elles font intervenir une troisième personne absente, qu’elles nomment «Madame» et qu’elles adorent interpréter.
Jeu de rôles apparemment sans conséquence s’il ne se transformait pas en rituel. Car sans guide, la conduite d’un rituel devient irresponsable, portée à tous les dérèglements et parfois à la mort.

Claire joue Madame. Solange joue le rôle de Claire et/ou de Solange. Madame (Claire) se croît accusée par ses domestiques d’avoir entraîné l’emprisonnement de Monsieur et elle s’en défend. Elle est très agressive et s’en prend tour à tour à l’une ou l’autre. Puis Solange se rebiffe : « J’en ai assez d’être un objet de dégoût. Moi aussi je vous hais ». Claire devient elle aussi agressive. C’est la « révolte des bonnes« . La maîtresse est accusée de convoiter Mario le laitier – qu’une des bonnes semble apprécier. Alors que Solange semble être sur le point d’étrangler sa maîtresse, le réveil sonne (il annonce l’arrivée imminente de Madame).

Claire décide de tuer leur maîtresse en plaçant du gardénal dans sa tisane de tilleul. Solange quitte la scène, Madame entre. (P. 65) Elle affirme qu’aimant Monsieur, elle le soutiendra jusqu’au bout, qu’il soit coupable ou non des vols dont on l’accuse. Son chagrin l’accable. Elle affirme l’affection qu’elle porte aux bonnes et confirme qu’elles seront son héritière. Solange apporte le tilleul mais Madame ne le boit pas. Elle se rend compte que le récepteur du téléphone n’a pas exactement à la même place et les bonnes sont obligées de lui dire qu’il a appelé et qu’il l’attend au « Bilboquet ». Madame sort.

Solange reproche à Claire de ne pas avoir su faire boire la tisane à Madame. Toutes deux paniquent, certaines qu’elles vont être découvertes.

(Claire reprend le rôle de Madame, Solange joue tour à tour l’une ou l’autre des deux bonnes) (P. 96)

Claire est allée jusqu’au bout : elle a joué le rôle de Madame jusqu’à la mort.

  • Tradition du couple maître/valet dans la comédie (Molière, Marivaux) à des fins comiques. Traces d’humour dans le langage : « Diposez la traîne, traînée ! » (jeu sur l’expansion lexicale et sémantique) , « Madame s’emporte ! / Dans ses bras parfumés le diable m’emporte » (sens figuré/sens propre), « Claire est là, plus claire que jamais ! », « Madame s’égare » / « N’égarez pas vos mains » (sens figuré pour parler de Madame/Claire, sens propre pour parler de Claire/Solange), « M’interdire ! Plaisanterie ! Madame est interdite ».

  • Comique dans les gestes : Claire repousse Solange qui tombe (« Solange accroupie vacille et recule »)

Les bonnes qualifient leur jeu de « cérémonie ». Expliquez le choix de ce mot.

La cérémonie consiste à imiter Madame dans sa chambre qui donne des ordres et qui se fait servir, qui montre sa supériorité physique, morale et sociale et qui humilie, et à montrer la révolte de la servante prête à la tuer (48).

Double je(u) – Genet ouvre sa pièce sur la facticité du jeu des bonnes, la “cérémonie” : ce théâtre dans le théâtre donne à voir des personnages condamnés à jouer un rôle et qui, prisonniers du regard de l’autre – altérité autant désirée que détestée – rêvent douloureusement leur reconnaissance par le crime. La mort, principe de réalité clôture la cérémonie et met un coup d’arrêt à la progression hyperbolique des fantasmes et à l’exacerbation des relations pathologiques des personnages.

Les objets ont un rôle prépondérant dans la pièce. Accessoires indispensables au bon déroulement de la cérémonie, ils semblent par contrecoup dénoncer les agissements des bonnes (le réveil oublié, la clé du secrétaire déplacée, le combiné du téléphone décroché…). En outre, ils remplissent une fonction structurelle en signalant clairement les différentes étapes de l’action.

3) Les bonnes éprouvent l’une envers l’autre des sentiments contradictoires. Montrez-le en précisant quels sont ces sentiments.

Ces deux sœurs s’adonnent à un jeu de rôle qui constitue à lui seul le drame de la pièce : elles reproduisent à tour de rôle leur quotidien avec leur maîtresse et miment son assassinat jusqu’à ce que la schizophrénie ne les rattrape définitivement de façon macabre. Le reflet qu’elles produisent de leur quotidien de bonnes ainsi que les déformations qu’elles y apportent sont par conséquent les enjeux centraux de la pièce, le lecteur n’ayant aucun point de comparaison avec la réalité.

Elles ne parviennent pas à échapper à la forme de fatalité qui les accable, à savoir leur étouffement progressif au service d’une maîtresse qu’elles adorent et haïssent à la fois. Ce jeu finit par se retourner contre les 2 sœurs qui en viennent à se détester : elles se détestent car chacune d’elle renvoie à l’autre sa condition et provoque un dégoût mutuel : le double de l’autre.

Le duel psychologique : la fin de la farce

La situation se retourne quand vient le moment de choisir la robe. Madame/Claire se sent menacée : « Insulte ta maîtresse ! », « J’écoute bourdonner déjà tes accusations », (impératif et « déjà » = outils grammaticaux de l’anticipation) et menace à son tour, mais elle est seule à participer à ce duel imaginaire (Solange/Claire ne dit rien). Scène de paranoïa.

  • Madame / Claire associe un mélange de peur et de dégoût à l’égard de Solange/Claire : lors de l’habillage, Madame enchaîne les ordres et repousse finalement sa bonne en invoquant son odeur nauséabonde. Le langage est diffus, confus, contradictoire.

  • Solange/Claire finit par avouer sa haine à Madame et lui crache dessus. Nous sommes à présent, dans le jeu des deux sœurs, au stade de l’invention dramatique qui conduit à l’étranglement de la fin du passage et non plus dans le strict mimétisme. Le théâtre exprime le secret de l’âme, les pensées et désirs cachés (voir « Comment jouer Les Bonnes »).

Madame -Claire- tient des propos très violents sur les domestiques. Solange se dirige vers elle. Claire et Madame semblent se confondre, elles prennent peur face à sa femme qui veut les tuer – elle et son rôle. Puis Claire demande à Solange de lui verser son tilleul mais cette dernière refuse. Finalement, elle se laisse convaincre et sert la tisane à sa soeur.

4) Quelle attitude Madame adopte-t-elle envers ses bonnes ?

De la bienveillance, qui n’est que l’autre facette de la condescendance, de la bourgeoise envers ses domestiques. « Madame » dit à Claire et Solange :  » Vous êtes un peu mes filles ». Sauf qu’il s’agit de filles à tout faire, soumises à ses moindres requêtes, des non-êtres, des femmes objets, ce qui conduira l’une d’entre elles à évoquer « l’inutilité de notre condition ». L’histoire tournera à la tragédie puisqu’à défaut d’éliminer « Madame », comme en rêvaient les deux soeurs, c’est Claire qui absorbera le poison fatal dans un final déchirant.

5) Qu’est-ce qui pousse les bonnes à se révolter ?

« La révolte des bonnes » 30 :

L’enfermement : pers. qui manque d’air (p. 33 : il fait lourd ; j’étouffe 51) : continuellement au service de Madame = comme une prison = ne peuvent plus partir, ne savent plus où aller

La haine envers leur maîtresse : réplique de Solange qui crie sa haine et révèle à Claire (la maîtresse) qu’elle ne l’intimide plus (28) : la supériorité

– Une haine qui ne se justifie que par l’étouffement de la maîtresse qui est « bonne » : « Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne » (90)

Le rejet de leurs conditions sociales : le statut social est cause de souffrances et débouche sur la révolte : les violentes exclamations de Claire qui imite sa maîtresse en train de donner des ordres (59) mais la maîtresse est douce, bonne.

– La bonne n’existe que par la voix, les ordres de la maîtresse : « Par moi, par moi seule, la bonne existe. Par mes cris, par mes gestes » (27)

Le refus de l’asservissement : conquérir leur liberté et accéder au rang d’humain (100)

La haine de soi : comme des parias, des intouchables (Claire, maîtresse, ne veut pas que Solange, servante, la touche) : honte d’elle-même (elles vivent dans une mansarde et dans la cuisine) : elles ne peuvent pas s’aimer : solitude affective

– La différence de statut qui fait qu’elles pensent que leur maîtresse les déteste alors qu’elle leur parle affectueusement et qu’elle les considère comme ses filles (sa fortune) 74

Le mécanisme de l’intrigue se grippe, cependant que les bonnes se font piéger à leur propre jeu. Bientôt, la fausse accusation de Monsieur qu’elles ont ourdie, afin qu’il soit enfermé en prison, leurs projets de meurtre de Madame, et jusqu’à leurs jeux barbares… tout sera étalé au grand jour. Ainsi, cependant que l’utopie qu’elles ont patiemment mis au point vole en éclat, les deux bonnes, qui ont passé le plus clair de leur temps à répéter des rôles, à penser, dans le moindre détail, un rituel, doivent, pour la première fois, improviser leur propre vie…

6) La pièce est violente ; de quelle violence s’agit-il ?

Sacrées ou non, ces bonnes sont des monstres, comme nous-mêmes quand nous rêvons ceci ou cela. Les 2 sœurs prononcent des propos d’une grande violence lors du jeu de rôle : violence verbale : « crachats » (16), « traînée » (25) : humiliation :La violence physique entre elles : les didascalies p. 24 et 2.La violence physique contre la maîtresse : l’empoissonner, emprisonnement du mari pour voir la maîtresse en larmes : « la révolte des bonnes ».

Comment est-elle montrée ?

Le dénouement catastrophique prend la forme grandiose d’un final très ritualisé.

7) En quoi la fin est surprenante ? Comment l’expliquez-vous ?

C’est finalement Claire qui prend le tilleul et meurt : suicide de Claire.

Claire ne supporte plus sa condition et ne se supporte plus (à travers son double) : la lâcheté, la soumission : en se suicidant, elle acquiert le statut du héros tragique : le courage du héros et le poids de son destin (la fatalité : sont maudites 93, 103, 102).

Claire, Madame meurt et Solange est prisonnière (Monsieur) : en prison, Solange retrouve la liberté morale : ne sera plus au service de Madame (111) : « tu seras seule pour vivre nos deux existences ».

Le dénouement catastrophique prend la forme grandiose d’un final très ritualisé où Solange et Claire connaissent chacune à leur façon une sorte d’apothéose. Par l’usage qu’elles font du langage et le rituel qu’elles inventent, elles dépassent la condition de simple servante pour se hausser au rang de personnages hors du commun, grandioses, donc dignes d’un registre tragique. À noter que Les Bonnes est la pièce de Genet la plus souvent représentée dans le monde.

C’est en accomplissant un meurtre que les héroïnes des Bonnes règlent leurs comptes personnels et pour ainsi dire « existentiels ». Elles rêvent du bagne comme d’une suprême élévation-libération pour des filles sans filiation ni situation. Genêt réclame une pénitence qui serait en même temps la récompense de leur mal-être.

Ainsi, les banales servantes sans nom ni prestige s’avèrent-elles des héroïnes tragiques accédant à une gloire éclatante par un accomplissement fantasmatique de leur geste criminel de matricide et de fratricide.

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Plan détaillé de dissertation sur le sujet suivant :

Dans un ouvrage général sur le théâtre de Jean Duvignaud et Jean Lagoutte, il est écrit que le vrai public est celui qui va au théâtre pour « passer une soirée ». Pensez-vous aussi que le théâtre est un divertissement ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes que vous avez étudiés en classe, sur vos lectures personnelles ainsi que sur les représentations théâtrales que vous avez pu voir .

Introduction : Problématique  :  Le théâtre n’est t’il que divertissement ?

Le théâtre a fait son apparition pendant l’Antiquité à l’occasion de cérémonies religieuses ou de débats politique. Avec le temps, il a évolué vers un loisir destiné à satisfaire les goûts populaires. Il se déroulait en plein air et était gratuit. Le théâtre était donc un service public de divertissement. Dans un ouvrage général sur le théâtre de Jean Duvignaud et Jean Lagoutte, il est écrit que le vrai public est celui qui va au théâtre pour « passer une soirée. La question que l’on peut se poser est de savoir si le théâtre est un divertissement?  A t-il pour seule fonction de divertir ou en a t-il d’autres ? Le théâtre est-il un simple moyen de se divertir ou a-t-il un but plus utilitaire ? Pour répondre à cette question, nous verrons tout d’abord que le divertissement est bel et bien l’une des fonctions principales de cet art. Puis, nous constaterons que l’autre fonction principale est de susciter la réflexion et symboliser la réalité et enfin qu’il peut instruire en amusant.

I- Un divertissement de tous les temps

Plaisir esthétique :

I. Le théâtre peut et doit divertir car il est d’abord un divertissement, un loisir. Divertir comme un spectacle. Dans la Grèce antique, les spectacles dramatiques faisaient partie des fêtes et étaient l’objet de concours où l’on se divertissait, c’est-à-dire où l’on se distrayait en groupe. C’est en effet un véritable plaisir que de se rendre au théâtre, au même titre que de visiter un musée ou d’assister à un concert. On venait pour y apprécier la beauté d’un spectacle : les décors somptueux des drames romantiques de Hugo, avec leur reconstitution historique, costumes, jeux d’éclairage, musique… tout y flattait l’œil et l’oreille. Les spectateurs venaient voir, mais aussi « entendre. Les vers lyriques et poétiques de Bérénice de Racine, les monologues romantiques de Ruy Blas..

Du théâtre de foire au Moyen-Age au café-théâtre d’aujourd’hui en passant par tous les spectacles de rue au XVIIème, le théâtre est divertissant parce qu’il emmène son public dans un univers imaginaire pour le temps de la représentation.

En allant voir du théâtre, le spectateur est transporté dans un autre monde. « Il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l’or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous terre », dit Hugo, qui suggère que ce « pays de l’irréel » qu’est le théâtre procure avant tout un plaisir esthétique.

Divertir par le jeu et l’illusion, péripéties variées, rythmes, situations cocasses et burlesques.

Le théâtre se présente parfois comme un pur jeu. Jeu sur scène, jeu du spectateur aussi : les pièces de Marivaux, avec leur double déguisement des maîtres en valets et des valets en maîtres – comme dans Le Jeu de l’amour et du hasard – entraînent le spectateur dans un imbroglio étourdissant, dont il doit démêler les fils et prévoir les développements. Il est divertissant de voir Silvia et Dorante pris à leur propre piège, construit sur leur changement volontaire d’identité, et bien embarrassés dans cette intrigue compliquée à loisir.

Divertir en créant l’émotion :  le comique, pour rire, les paroles dans les comédies de caractère et la fonction dramatique et libératrice de la tragédie.

« Il pleure et il rit » Il s’agit aussi d’émouvoir… pour que les salles frémissent aux horreurs, ou éclatent de rire aux plaisanteries » « Il pleure et il rit »… Et la palette d’émotions que suscite le théâtre est très large, parce qu’il présente une infinité de registres. Être ému, c’est être arraché à son état habituel, tout comme se « divertir » ou se « distraire », c’est « se détourner loin de »… la vie et de la réalité quotidiennes. La gamme d’émotions que suscite le théâtre ne manque pas de variété : c’est le rire franc que font naître les farces de Molière comme « Le Médecin malgré lui » ou la fameuse scène du sac dans « Les Fourberies de Scapin« . Le théâtre, plus que d’autres modes d’expression, est propre à faire rire par son « incarnation » : les gestes, les mimiques, mais aussi les quiproquos, les rencontres inattendues, les retournements de situations, les… portes qui claquent ! Le théâtre de Molière n’en manque pas, qui regorge de malentendus et de coups de théâtre divertissants qui suscitent un rire franc, sans arrière-pensée.

 Distraire de l’ennui de la vie, de la réalité 

Or, au théâtre, le spectateur oublie les tracas de la vie, il se divertit, au sens pascalien du terme : le spectacle d’une destinée qui s’éloigne de la banalité divertit. Ainsi, le théâtre présente des situations et des personnages hors du commun, qui distraient au sens propre. Parfois même, le théâtre fait vivre sous les yeux du spectateur des personnages fantastiques qui l’emmènent dans un monde qui n’existe pas : a-t-on jamais rencontré un spectre qui parle ou une statue qui vit – comme celle du Commandeur qui précipite Dom Juan aux Enfers de Molière– ? a-t-on jamais vu des hommes se transformer en rhinocéros dans Rhinocéros de E. Ionesco ? ou encore une jeune femme morte qui ressuscite et étrangle son père, comme dans L’Horrible expérience d’A. de Lorde et A. Binet (1909).  Le théâtre permet ainsi au public de vivre une autre vie, de réaliser des rêves que le quotidien lui refuse.

Est-ce simplement un divertissement, un spectacle esthétique, avec de beaux décors, costumes et lumières ? ou est-ce un miroir que le dramaturge tend à ses semblables pour leur dévoiler leur noirceur, celle de l’humanité, avec pour but corollaire de mettre en garde le public, de le rendre meilleur par le spectacle des perversités dont il doit se garder ? Comme dans la comédie de Molière « l’avare » qui cache son argent dans le jardin. Les tragédies, où le public éprouve du plaisir à s’émouvoir pour des personnages perdus, impuissants ; le spectateur est tout entier pris par le jeu des passions – jalousie et pouvoir  par exemple dans Britannicus.

II – le rire peut aussi susciter la réflexion
¤ dédramatise
¤ dénonce
¤ fonction morale (mise en évidence, correction des vices)
¤ tradition de l’humour intelligent, fin, noir ; souvent pessimiste

Appuis : « Le mariage de Figaro » de Beaumarchais (1784)
« la cantatrice chauve » de Ionesco
« L’école des femmes » de Molière

Le théâtre est un divertissement, un moyen de se cultiver ou une évasion pour des personnes seules ou en groupe. C’est un spectacle pour les yeux, pour les oreilles, pour l’intelligence avec les jeux de mots et les différents comiques, mais il peut aussi faire réfléchir en mettant en scène des paradoxes, en critiquant la société, en proposant  des thèses, ou en exposant les grands thèmes de l’existence humaine. il peut proposer une réflexion sur le monde, la réalité, la société.

Tragédies :  crainte, angoisse, pitié, catharsis détourner (c’est le sens étymologique) l’esprit des mauvaises pensées (de la mort notamment).
De là, pense à l’effet CATHARTIQUE des tragédies.

Faire réfléchir en divertissant
«  le devoir de la comédie est de corriger les hommes tout en les divertissant «  Moliere

A.    en critiquant la société ( ex : Tartuffe de Moliere)
B.    en dénonçant des problèmes de la société ( Les noces de Figaro, Beaumarchais )
C.    en ridiculisant des traits de caractère ( l’Avare de Molière ) «  le devoir de la comédie est de corriger les hommes tout en les divertissant «  Moliere

III Instruire  tout en amusant  

« Instruire et plaire » Le théâtre est-il fait soit pour divertir, soit pour dénoncer le mal ? Y a-t-il exclusivité ? Ne peut-on combiner ces deux fonctions et répondre ainsi à ces deux aspirations : « instruire et plaire » ? Et comme il est vrai que la nature humaine est ainsi faite qu’elle ressent une attirance irrésistible pour les personnages maléfiques et diaboliques, n’est-ce pas la satisfaire, lui plaire que de lui représenter cette noirceur des hommes sur une scène, sans qu’elle déborde dans la salle de spectacle, et ainsi apaiser ses tendances au mal par le spectacle du mal fait par autrui ? Au fond, le théâtre « doit » attirer le public. Or, celui-ci est aussi varié que la nature humaine. Hugo, dans sa préface à Ruy Blas écrit : « Ce que la foule demande presque exclusivement à l’œuvre dramatique, c’est de l’action ; ce que les femmes y veulent avant tout, c’est de la passion ; ce qu’y cherchent plus spécialement les penseurs, ce sont des caractères (c’est-à-dire des hommes) ». Un dosage est par conséquent sans doute nécessaire pour satisfaire les aspirations de chacun.

Une autre fonction du théâtre ? Mais il est sans doute une fonction plus fondamentale que doit remplir le théâtre : rassurer le spectateur sur son angoisse existentielle que définit bien Lechy Elbernon dans L’Échange de Claudel : « L’homme s’ennuie et l’ignorance lui est attachée depuis sa naissance. Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c’est pour cela qu’il va au théâtre ». Le Chambellan d’Ondine de Giraudoux complète cette spécificité du théâtre : il fait « se dérouler (…) la vie à la vitesse et à la mesure non seulement de la curiosité, mais de la passion humaine (…). C’est le grand avantage du théâtre sur la vie, il ne sent pas le rance ». Voilà sans doute la fonction primordiale du théâtre.

Beaucoup de questions se posent  vis-à-vis du rôle du théâtre auprès des lecteurs, ou des spectateurs. Le théâtre serait-il consacré à nous distancer de la réalité et à nous asthétisier dans des distractions superficielles? Si le divertissement est bien l’une des fonctions majeures de ce spectacle, il est tout aussi vrai qu’il a pour second rôle de symboliser la réalité, il possède un rôle didactique et critique. Pourtant, le théâtre atteint son apogée quand sa représentation lie l’utile à l’agréable, lorsqu’il nous cultive tout en nous amusant.

Appuis : comédies :  » Le malade imaginaire « , « L’avare » (personnage d’Harpagon), « Tartuffe » de Molière, ainsi que « l’école des femmes » (Arnolphe et Horace, l’amour d’Agnès) ou encore « le bourgeois gentilhomme ».
« La Leçon » d’Eugène Ionesco.

Trop de pièces contemporaines se sacrifient à un but didactique – voire idéologique – au détriment du plaisir théâtral. Certes, le théâtre doit poser les questions fondamentales de la vie humaine, mais il doit se garder de tout didactisme, de tout dogmatisme. Le théâtre de propagande politique est voué à l’échec et n’attire pas le public. « Ce n’est pas avec des idées qu’on fait du théâtre, c’est avec une intrigue et des personnages qui vivent sur scène ».

Enfin, on pourra remontrer aux tenants de la dénonciation de la noirceur humaine que le théâtre ne doit pas être une entreprise de pessimisme absolu, qu’il peut aussi avoir pour vocation de faire aimer la vie, d’en représenter toutes les facettes, noires mais aussi gaies. Dans Le Barbier de Séville, Figaro « se presse de rire de tout de peur de devoir en pleurer » et la pièce est emportée dans un tourbillon de gaîté où la dénonciation du mal est réduite à la portion congrue. Et pourtant, voilà une pièce réussie ! Ne serait-il pas plus juste de dire que le théâtre doit représenter la vie ? Une question de contexte ? Et si la réponse à une telle alternative dépendait du contexte ? Au XXe siècle, profondément marqué par les atrocités des totalitarismes et des deux guerres mondiales, les dramaturges pouvaient-ils se borner à divertir un public paralysé par l’effroi et privé de repères devant l’absurdité des hommes et du monde, pouvaient-ils se taire et ne pas tirer parti de la « tribune » que leur offrait le théâtre pour partager leurs idées et pour dénoncer les horreurs ? Beckett, Camus, Sartre, Genet l’avaient compris.

Conclusion :

Plus que les autres genres littéraires, le théâtre allie les contraires : il excelle à divertir et en même temps à susciter la réflexion, notamment sur la noirceur de l’homme et du monde. Il tient sa force et son efficacité du fait qu’il est à la fois parole et spectacle, texte et représentation. Il présente aussi la spécificité de se renouveler sans cesse : chaque mise en scène modernise le propos et, adaptée à son public du moment, redonne une jeunesse à la pièce.

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Oral du bac – « Spleen » de Charles Baudelaire

Oral du bac – Spleen de Charles Baudelaire (1857)
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Pour l’oral du bac, vous pouvez avoir à analyser ce poème de Charles Baudelaire « Spleen » poème extrait du recueil des « Fleurs du mal ».

Oral du bac – Spleen de Charles Baudelaire (1857)

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Pour l’oral du bac, vous pouvez avoir à analyser ce poème de Charles Baudelaire « Spleen » poème extrait du recueil des « Fleurs du mal« .


Tout d’abord, avant d’étudier et d’analyser ce poème pour l’oral du bac, nous devons connaître succinctement la biographie de Charles Baudelaire.

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Charles Pierre Baudelaire est un poète né à Paris le 9 avril 1821 (la même année de que G. Flaubert) et mort à Paris le 31 août 1867 à l’âge de 46 ans. Grand poète du XIXème siècle, Charles Baudelaire est connu pour deux œuvres, les Fleurs du Mal et le spleen de Paris (le mot Spleen traduit chez Baudelaire l’ennui et le dégoût généralisé de la vie).

Très jeune, Charles Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle mais obtient néanmoins son baccalauréat.

Rapidement, et après son voyage en paquebot pour les Indes, il est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. C’est à cette époque qu’il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal (titre antithétique). Ses débuts littéraires datent de 1843 approximativement.

Ce recueil de poèmes publié en juillet 1857, très controversé et attaqué, met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Le projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal et de la perversité humaine et transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence.

Il est condamné  pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.

Les poèmes de Charles Baudelaire, qui a reçu de par sa naissance en 1821 un héritage classique, romantique et réaliste, sont par nature lyriques et rattachés au mouvement littéraire du symbolisme. Ce sont des poèmes réguliers à forme fixe où la beauté est recherchée pour tendre vers la perfection du texte.

Le symbolisme est en opposition au monde matériel. Les symbolistes recherchent la suprématie de la sensibilité et du plaisir des sensations, tout y est fugace et éphémère.

Croulant sous les dettes, il part en Belgique pour y donner des conférences. Mais en 1866, il commence à avoir des problèmes de santé. Il s’éteint un an plus tard (1867) des suites de la syphilis et de l’abus d’alcool, sans avoir été reconnu de son vivant, ce que l’aura profondément attristé. En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

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Avant de débuter notre analyse du texte  de Charles Baudelaire en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français,

Voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral : ce qui est demandé au candidat, c’est d’avoir :

  • Une bonne capacité d’analyse critique et de prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée.

  • De préparer une bonne introduction au commentaire de texte (aussi bien à l’oral qu’à l’écrit) avec le nom de l’auteur, le genre, le thème, l’époque et la situation du passage dans l’oeuvre.

  • De faire un plan détaillé de votre explication avec les exemples à citer (en les soulignant dans le texte), ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe et de retrouver les exemples plus facilement.

 


Déroulement de l’épreuve :

Plan du travail en vue de l’oral :

  • Introduction : présenter l’auteur et le texte en le centrant sur la problématique.

Charles Baudelaire, écrivain français du 19e siècle (1821-1867) est considéré comme un poète maudit et un précurseur du symbolisme (grand tournant littéraire de la décennie 1850-1870). « Les Fleurs du Mal » est l’une des ses œuvres majeures, dans laquelle le poète crée un nouveau rapport entre l’émotion et le langage. Le poème « Spleen » est extrait de la section « spleen et idéal ». Dans ce poème de cinq strophes, rédigé en alexandrin avec des rimes riches et croisées, le poète livre avec une importante tension dramatique toute la mélancolie qu’il ressent les jours de grande pluie.

Par quels procédés Baudelaire parvient-il à nous faire ressentir tout son mal-être dans ce poème ?

Pour répondre à cette question, nous étudierons tout d’abord  les procédés que Charles Baudelaire utilise pour décrire le paysage extérieur, le temps qui y règne, et le ressenti sur l’esprit de ceux qui le subissent. Dans un deuxième temps, nous évoquerons tous les procédés utilisés par Baudelaire pour exprimer son angoisse face à cette atmosphère macabre.

  • Lire le texte : elle doit être expressive et donner un aperçu de votre interprétation.
  • Rappeler la question : Par quels procédés Baudelaire parvient-il à nous faire ressentir tout son mal-être dans ce poème ?
  • Annoncer les grands axes :

I) Baudelaire nous fait ressentir tout son mal-être grâce à la description d’un univers  sombre et inquiétant qui agit sur l’état d’esprit et le moral de ceux qui le subissent. Le temps terriblement maussade qui règne dans cet univers lui inflige une souffrance aiguë.

II) Baudelaire nous fait ressentir tout son mal-être grâce à l’évocation appuyée par des images morbides de son angoisse face à cette atmosphère macabre.


Structure du poème : 

Les trois premiers quatrains débutent avec la répétition en anaphore de l’adverbe  temporel « quand » qui sont suivies de propositions circonstancielles de temps, coordonnées par la conjonction de coordination «  et » dans toutes les strophes :

  1. C’est quand le ciel est bas et lourd et que l’horizon embrasse le cercle, que le ciel verse un jour noir.
  2. C’est quand la terre est changée en un cachot humide, que les chauve-souris se cognent aux murs.
  3. C’est quand la pluie étale ses immenses traînées, qu’un peuple muet d’araignées vient tendre ses filets.

Nous nous apercevons donc qu’il y a une relation de causes à effets entre le climat désastreux et ses conséquences sur la terre, le ciel, les animaux, les cloches, et aussi sur le moral du poète et sur l’esprit en général (pronom personnel, 1ere pers du pluriel « nous, vers 4).

En effet, lorsque le ciel est bas, l’esprit gémit et s’ennuie. Quand la terre est changée en un cachot humide (métaphore de terre humide), l’Espérance (qui est comparée à une chauve-souris) s’en va. Enfin, quand il pleut , les cerveaux sont peuplés d’araignées.

La conséquence ultime de ces trois éléments réunis lorsqu’ils se déchaînent : le ciel en 1e strophe, la terre en 2e strophe, et la pluie en 3e strophe, se décline le long des deux dernières strophes. Ainsi, les cloches sautent avec furie et hurlent, les esprits geignent, les corbillards défilent et l’Angoisse plante son drapeau noir.

L’état d’esprit et le moral de ceux qui subissent ces éléments et en particulier du poète, empire au fur et à mesure de l’avancement du poème jusqu’au déchaînement de violences.  Les  plaintes et gémissements, sont subitement accompagnées de rébellions, voire de violences.

Furieuses, les cloches sautent et hurlent, et dans la guerre intérieure qui se déclenche dans le crâne du poète (adjectif possessif : mon) entre l’Espérance de voir que le temps s’améliore (écrit 2 fois avec une majuscule et en contre-rejet dans le vers 18) : L’Espérance » avec une majuscule est une allégorie (=notion abstraite personnifiée)) et l’angoisse qui est également personnifiée, c’est l’Angoisse qui gagne et qui plante son drapeau noir dans son cerveau (souffrance au propre et au figuré).

Explication du passage :

Baudelaire décrit, dès la 1ere strophe du poème, le ciel spleenétique. Le poème recèle de nombreux adjectifs fortement connotés (bas et lourd, noir, triste), deux verbes fortement imagés (pèse, verse) ainsi que des comparaisons, métaphores et rapprochements d’idées (comme un couvercle, en proie aux longs ennuis, plus triste que les nuits).

De même, le poète nous fait ressentir tout le mal-être  ambiant en employant le champs lexical de la noirceur (jour noir : oxymore), du poids du ciel (bas, le couvercle pèse, lourd), de l’humidité (pluie, humide, pourris, traînées,), de la tristesse, de la souffrance (geindre) et de l’enfermement (couvercle, vaste prison, barreaux), de la passivité (muet) et de la mort (corbillards).

Du ciel dépend, chez lui, tout un flot d’évènements, car lorsqu’il est bas, et qu’il pleut, il verse un jour noir ( V4 – métaphore avec verser de l’eau), de la pluie drue qui transforme la terre en cachot humide et en prison.

Dans la strophe 4, ce n’est plus le ciel qui inflige de la tristesse et du malheur sur la terre. Les cloches (symbole du bruit, donc de la vie) qui sautent vers le ciel et les esprits qui geignent pour la deuxième fois, se rebèllent.

Il y a donc un parallèle établi par Baudelaire entre la première strophe et la quatrième, parallèle qui renforce le sentiment d’enfermement des esprits.

Ainsi, ce terrible ciel agit sur l’état d’esprit et le moral de ceux qui le subissent en plus du poète (nous) . Le temps terriblement maussade qui règne dans cet univers leur inflige une souffrance aiguë, et leur esprit gémit.

Des images morbides face à cette atmosphère macabre se succèdent : cachot humide en v.5, plafonds pourris en V.8, immenses traînées V.9, vastes prisons, barreaux, filets, longs corbillards, drapeau noir.

Bien que l’Espoir existe (2 fois en majuscule), que les chauve-souris tentent de s’échapper avec leurs ailes timides, que les cloches sautent et que les esprits se plaignent, c’est l’Angoisse (personnalisée, avec plusieurs adjectifs : atroce, despotique (allitération en s))  qui termine vainqueur du combat.

Le poète incline sa tête (au sens propre et au figuré) devant les éléments qu’il ne peut changer, et devant sa propre souffrance morale.

 

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LXXVIII – Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Analyse de « L’amour et le crâne » de Charles Baudelaire

Voici une proposition d’analyse de « l’amour et le crâne » de Charles Baudelaire en vue de la préparation d’un commentaire composé.
L’amour et le crâne de Baudelaire

Tout d’abord, avant d’étudier ce poème, nous devons débuter par une biographie succincte de Charles Baudelaire.

Voici une proposition d’analyse de « l’amour et le crâne » de Charles Baudelaire en vue de la préparation d’un commentaire composé.

L’amour et le crâne de Baudelaire

Tout d’abord, avant d’étudier ce poème, nous devons débuter par une biographie succincte de Charles Baudelaire.

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Charles Pierre Baudelaire est un poète né à Paris le 9 avril 1821 (la même année de que G. Flaubert) et mort à Paris le 31 août 1867 à l’âge de 46 ans. Grand poète du XIXème siècle, Charles Baudelaire est connu pour deux œuvres, les Fleurs du Mal et le spleen de Paris (le mot Spleen traduit chez Baudelaire l’ennui et le dégoût généralisé de la vie).

Très jeune, Charles Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle mais obtient néanmoins son baccalauréat.

Rapidement, et après son voyage en paquebot pour les Indes, il est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. C’est à cette époque qu’il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal (titre antithétique). Ses débuts littéraires datent de 1843 approximativement.

Ce recueil de poèmes publié en juillet 1857, très controversé et attaqué, met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Le projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal et de la perversité humaine et transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence.

Il est condamné  pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.

Les poèmes de Charles Baudelaire, qui a reçu de par sa naissance en 1821 un héritage classique, romantique et réaliste, sont par nature lyriques et rattachés au mouvement littéraire du symbolisme. Ce sont des poèmes réguliers à forme fixe où la beauté est recherchée pour tendre vers la perfection du texte. Le symbolisme est en opposition au monde matériel. les symbolistes recherchent la suprématie de la sensibilité et du plaisir des sensations, tout y est fugace et éphémère.

Croulant sous les dettes, il part en Belgique pour y donner des conférences. Mais en 1866, il commence à avoir des problèmes de santé. Il s’éteint un an plus tard (1867) des suites de la syphilis et de l’abus d’alcool, sans avoir été reconnu de son vivant, ce que l’aura profondément attristé. En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

 


 

L’Amour est assis sur le crâne

De l’Humanité,

Et sur ce trône le profane,

Au rire effronté,

 

Souffle gaiement des bulles rondes

Qui montent dans l’air,

Comme pour rejoindre les mondes

Au fond de l’éther.

 

Le globe lumineux et frêle

Prend un grand essor,

Grève et crache son âme grêle

Comme un songe d’or.

 

J’entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

– « Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?

 

Car ce que ta bouche cruelle

Éparpille en l’air,

Monstre assassin, c’est ma cervelle,

Mon sang et ma chair.

 

« L’amour et le crâne » de Baudelaire

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Analyse 

Ce poème, au titre énigmatique (le crâne est l’endroit central de nos sentiments), est extrait de la section des fleurs du mal. Il est composé de cinq strophes de quatre vers. Il y donc cinq quatrains. Dans chaque strophe, il y a une alternance entre un octosyllabe (vers de huit syllabes) et un pentasyllabe (vers de cinq syllabes). Il contient différents mètres, il est donc hétérométrique.

Nous constatons une alternance de rimes pauvres, suffisantes ou riches (frêle avec grêle) et une succession respectée de rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et des rimes masculines. Les rimes sont croisées, du type ABAB.

Dans le premier quatrain, Baudelaire met en relief deux substantifs (avec les majuscules) Amour et Humanité.  L’Amour est un terme important dans ce poème car il est à la fois présent dans le titre et dans le premier vers, à son début et avec une majuscule, et il est personnifié car « il est assis ». Nous pouvons ainsi en déduire que le thème général de ce poème tourne autour de ce sentiment dans une représentation allégorique.

L’autre substantif essentiel à la compréhension du poème est Humanité, qui représente l’ensemble des hommes, la race humaine. Son sens est triplement renforcé par la majuscule, par sa position en mot unique dans le pentasyllabe et par son rejet en deuxième vers.

L’Amour qui pourrait être Dieu car Dieu est amour (métaphore entre l’Amour et Dieu) nous permet de déduire dans ce premier quatrain, que l’Amour embrasse la race humaine de toute sa hauteur (sur le crâne : connotation un peu macabre) et distille ce sentiment dans la tête de chacun.

Assis dans le fauteuil de Dieu, le profane (qui est dépourvu de caractère religieux), joue à souffler des bulles qui se perdent dans l’espace au-delà de l’atmosphère. L’auteur, en rejetant l’action exercée par le profane dans le deuxième quatrain, souligne l’opposition entre l’Amour et sa destruction (les bulles s’éparpillent). L’effet de ce quatrain est renforcé par l’allitération en « r » (trône, profane, rire, effronté, ronde, rejoindre, éther) et l’harmonie imitative qu’il insuffle pour imiter le son produit (érosion) par la répétition du phonème « r ». Ainsi le profane ne croit pas à l’amour, il en rit et le détruit en chacun de nous.

Dans le troisième quatrain, l’auteur utilise une belle métaphore entre le crâne de l’homme (qui est frêle) et le globe qui représente la terre ou l’Humanité (qui est lumineux). Ces deux adjectifs qualificatifs sont en outre employés de manière antithétiques. Il y a également une allitération en « g » (globe, grand, grèbe, grêle) qui est une consonne occlusive, dorso-vélaire, sonore, dure et gutturale associée au « r » de grève et grêle.

Sous l’effet des bulles rondes soufflées par le profane, l’absence d’amour (ou la montée de la haine ou du mal) s’accroît et accable le monde au point de lui faire perdre son âme.

Le quatrième quatrain est différent des autres par sa structure et par l’implication de l’auteur. En effet, le vers débute par un « j » apostrophe, ce qui resserre la focalisation sur un des sens de l’auteur car il « entend » des plaintes produites par toutes les personnes atteintes par les bulles chargées de haine. Ces personnes souffrent, prient Dieu et l’interrogent pour que ce jeu finisse car c’est ridicule de haïr au lieu d’aimer.

L’auteur utilise dans ce quatrain et le suivant une harmonie imitative suivie dans une allitération avec la consonne fricative uvulaire voisée vibrante « r » avec les substantifs, et avec les verbes et adjectifs (crâne, prier, gémir, féroce, ridicule, cruelle, éparpille, air, monstre, cervelle, chair).

On peut constater que tous ces mots cités font partie du champ lexical de la souffrance, de la douleur et même de la mort, car le cruel profane qui ne croit pas en l’amour et qui disperse sa haine (les bulles remplies de cerveau, de sang et de chair) à travers le monde (métaphore entre l’air et le monde) tue chacun de nous, donc l’Humanité croyante.

Les deux substantifs « monstre et assassin », l’un après l’autre et la tournure emphatique (c’est) renforcent de manière hyperbolique la nature malveillante et destructrice du profane qui détruit par sa bouche (et par ses paroles) l’auteur (ma, mon) et le reste de l’humanité.

Conclusion : ce poème est un hymne à l’amour et à la croyance que l’amour peut sauver le monde du mal.

 

 

 

 

 

 

Commentaire de texte bac : l’aveugle de Guy de Maupassant

Dans ce cours, je propose à mes élèves de les accompagner dans l’étude d’un plan détaillé en vu de la composition d’un commentaire composé pour les épreuves du bac sur le texte « l’aveugle » de Guy de Maupassant.

Commentaire de texte bac : l’aveugle de Guy de Maupassant

Dans ce cours, je propose à mes élèves de les accompagner dans l’étude d’un plan détaillé en vue de la composition d’un commentaire composé pour les épreuves du bac sur le texte « l’aveugle » de Guy de Maupassant paru en 1882.


Cours de français à distance de centre d'accompagnemet en français
L’aveugle de G.de. Maupassant

Guy de MAUPASSANTné en 1850 est un grand écrivain français, lié à Emile Zola et à G. Flaubert.  Gustave Flaubert, né en 1821 fut le maître du jeune G. De Maupassant. En effet, G.de Maupassant suivit ses conseils, ses idées, ses méthodes d’observation et de composition. Ce fut son élève pendant plusieurs années.

Ses romans (Une vie en 1883, Bel ami en 1885, Pierre et Jean en 1888), ses contes et ses nouvelles (Boule de suif en 1880, les contes de la bécasse en 1883, Le Horla en 1886) composés entre réalisme et fantastique, mettent en scène un certain pessimisme. Le style, la description, la conception et la pénétration s’échappent de sa plume féconde.

Durant les dernières années de Maupassant, se développent en lui un amour exagéré pour la solitude, un instinct de conservation maladif, une crainte constante de la mort, et une certaine paranoïa, dus à une probable prédisposition familiale, sa mère étant dépressive et son frère mort fou, mais surtout à la syphilis, contractée pendant ses jeunes années.  Il est mort le  à Paris.


« L’Aveugle » fut publié dans le journal « Le Gaulois » du 31 mars 1882. Cette nouvelle est une nouvelle réaliste cruelle. Elle est extraite de « Contes divers » sortis la même année.


Voici une problématique : 

Comment l’intérêt du lecteur est-il suscité dans cette nouvelle ?


Dans cette nouvelle en forme de conte, G de MAUPASSANT suscite l’intérêt du lecteur dès le début en expliquant à travers les yeux d’un narrateur l’intérêt de posséder tous ses sens dont celui de la vue pour être heureux de vivre. Puis, il prend l‘exemple d’un aveugle pour étayer sa thèse. C’est le début du conte relaté dans un registre pathétique afin d’inspirer au lecteur des émotions fortes devant des situations injustes et inhumaines. Ce conte est aussi un apologue, car nous pouvons constater qu’il se dégage une morale du destin tragique de cet aveugle : plus l’homme est vulnérable, faible et incapable de se défendre, plus l’être humain (sa famille, les voisins, les paysans), la société, la nature (la neige) et même les animaux (les chiens, les chats, les corbeaux) deviennent cruels avec lui au point de souhaiter ou de favoriser sa mort. Autrement dit : La faiblesse extrême due à un handicap ou à une infirmité (la cécité) et la peur de la différence, libèrent chez les personnes mal intentionnées une attitude malveillante : méchanceté voire cruauté, avarice, sadisme, barbarie, bestialité ; Parce qu’il est aveugle, il devient un paria, un souffre-douleur, un martyr dont on veut se débarrasser.


Afin d’établir un plan très détaillé qui servira de base à un commentaire composé, nous allons étudier le texte de manière linéaire.

I – Une nouvelle qui défend une thèse  : voir le ciel, le soleil et les couleurs rend heureux et l’inverse rend morose et pitoyable. Elle montre également l’émotion et l’empathie du narrateur  à la fin de la nouvelle.

1) Forte implication du narrateur au début et à la fin de la nouvelle : marques de modalisation (je,..). Pensée mélancolique pour le gueux.

2) Voir :  le sens de la vue important pour le bonheur : emploi répété de questions ? Emploi d’adjectifs qualificatifs de couleur aux lignes 2 et 3….nombreuses répétitions (envie) et champ lexical du bonheur.

 Transition   Il ne peut jouir des couleurs car il est aveugle. L’auteur nous montre explicitement ce contraste. Choix des mots antithétiques entre le premier paragraphe et le second.

 

II – Le conte L’aveugle, conte cruel  (exemple pour étayer sa thèse)

  1. Description de l’aveugle : horrible infirmité, figure toute pâle, impassible, …

Figures de style : Périphrase : Seules ses paupières, qu’agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. La cécité est représentée par la tâche blanche de ses yeux.

Comparaisons : deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter.

  • Les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d’entre elles.

2- Le malheur de l’aveugle : gradation dans la haine et la violence à son égard.

      Sa souffrance – sa soumission (champs lexicaux), la moquerie de son entourage : comparé à un fainéant et à un manant, mal nourri, victime de jeux de plus en plus cruels. Comparé à une bête.

     Son sort : il est victime de maltraitances physiques de la part de toute la communauté (le jeu des baffes). Il est obligé de mendier pour être nourri.  On ne vient pas le chercher à la fin de la journée et on le laisse mourir de froid dans la neige (mort blanche). Enfin, il est dévoré par les corbeaux. (Pour la mort blanche, il faut relever le contraste funèbre de la noirceur des corbeaux / antithèse).

Conclusion :

Guy De Maupassant présente dans cette nouvelle l’importance du sens de la vue à travers le conte de l’aveugle. Il dénonce également avec réalisme la cruauté du monde paysan.


Texte 

L’AVEUGLE    Qu’est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l’allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie, on voudrait embrasser le soleil.
Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscurité, restent calmes comme toujours au milieu de cette gaieté nouvelle, et, sans comprendre, ils apaisent à toute minute leur chien qui voudrait gambader.
Quand ils rentrent, le jour fini, au bras d’un jeune frère ou d’une petite soeur, si l’enfant dit : « Il a fait bien beau tantôt ! », l’autre répond : « Je m’en suis bien aperçu, qu’il faisait beau, Loulou ne tenait pas en place. »
J’ai connu un de ces hommes dont la vie fut un des plus cruels martyres qu’on puisse rêver.
C’était un paysan, le fils d’un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l’existence atroce commença. Recueilli par une soeur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. A chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l’appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d’héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu’il ne mourût point.
Il avait une figure toute pâle, et deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter ; et il demeurait impassible sous l’injure, tellement enfermé en lui-même qu’on ignorait s’il la sentait. Jamais d’ailleurs il n’avait connu aucune tendresse, sa mère l’ayant toujours un peu rudoyé, ne l’aimant guère ; car aux champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d’entre elles.
Sitôt la soupe avalée, il allait s’asseoir devant la porte en été, contre la cheminée en hiver, et il ne remuait plus jusqu’au soir. Il ne faisait pas un geste, pas un mouvement ; seules ses paupières, qu’agitait une sorte de souffrance nerveuse, retombaient parfois sur la tache blanche de ses yeux. Avait-il un esprit, une pensée, une conscience nette de sa vie ? Personne ne se le demandait.
Pendant quelques années les choses allèrent ainsi. Mais son impuissance à rien faire autant que son impassibilité finirent par exaspérer ses parents, et il devint un souffre-douleur, une sorte de bouffon-martyr, de proie donnée à la férocité native, à la gaieté sauvage des brutes qui l’entouraient.
On imagina toutes les farces cruelles que sa cécité put inspirer. Et, pour se payer de ce qu’il mangeait, on fit de ses repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l’impotent.
Les paysans des maisons prochaines s’en venaient à ce divertissement ; on se le disait de porte en porte, et la cuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l’infirmité de l’homme et, tout doucement, s’approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l’attention du pauvre diable, elle s’écartait prudemment pour éviter le coup de cuiller qu’il envoyait au hasard devant lui.
Alors c’étaient des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassés le long des murs. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettait à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancée, il protégeait et défendait son assiette.
Tantôt on lui faisait mâcher des bouchons, du bois, des feuilles ou même des ordures, qu’il ne pouvait distinguer.
Puis on se lassa même des plaisanteries ; et le beau-frère enrageant de le toujours nourrir, le frappa, le gifla sans cesse, riant des efforts inutiles de l’autre pour parer les coups ou les rendre. Ce fut alors un jeu nouveau : le jeu des claques. Et les valets de charrue, le goujat, les servantes, lui lançaient à tout moment leur main par la figure, ce qui imprimait à ses paupières un mouvement précipité. Il ne savait où se cacher et demeurait sans cesse les bras étendus pour éviter les approches.
Enfin, on le contraignit à mendier. On le portait sur les routes les jours de marché, et dès qu’il entendait un bruit de pas ou le roulement d’une voiture, il tendait son chapeau en balbutiant : « La charité, s’il vous plaît. »
Mais le paysan n’est pas prodigue, et, pendant des semaines entières, il ne rapportait pas un sou.
Ce fut alors contre lui une haine déchaînée, impitoyable. Et voici comment il mourut.
Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horriblement. Or son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l’aumône. Il l’y laissa tout le jour, et quand la nuit fut venue, il affirma devant ses gens qu’il ne l’avait plus retrouvé. Puis il ajouta : « Bast ! faut pas s’en occuper, quelqu’un l’aura emmené parce qu’il avait froid. Pardié ! i n’est pas perdu. I reviendra ben d’main manger la soupe. »
Le lendemain, il ne revint pas.
Après de longues heures d’attente, saisi par le froid, se sentant mourir, l’aveugle s’était mis à marcher. Ne pouvant reconnaître la route ensevelie sous cette écume de glace, il avait erré au hasard, tombant dans les fossés, se relevant, toujours muet, cherchant une maison.
Mais l’engourdissement des neiges l’avait peu à peu envahi, et ses jambes faibles ne le pouvant plus porter, il s’était assis au milieu d’une plaine. Il ne se releva point.
Les blancs flocons qui tombaient toujours l’ensevelirent. Son corps raidi disparut sous l’incessante accumulation de leur foule infinie ; et rien n’indiquait plus la place où le cadavre était couché.
Ses parents firent mine de s’enquérir et de le chercher pendant huit jours. Ils pleurèrent même.
L’hiver était rude et le dégel n’arrivait pas vite. Or, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeaux qui tournoyaient sans fin au-dessus de la plaine, puis s’abattaient comme une pluie noire en tas à la même place, repartaient et revenaient toujours.
La semaine suivante, ils étaient encore là, les oiseaux sombres. Le ciel en portait un nuage comme s’ils se fussent réunis de tous les coins de l’horizon ; et ils se laissaient tomber avec de grands cris dans la neige éclatante, qu’ils tachaient étrangement et fouillaient avec obstination.
Un gars alla voir ce qu’ils faisaient, et découvrit le corps de l’aveugle, à moitié dévoré déjà, déchiqueté. Ses yeux pâles avaient disparu, piqués par les longs becs voraces.
Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l’avaient connu.



Pour en savoir plus sur le commentaire composé,

ou pour avoir un cours sur la méthodologie de cette épreuve

 m’envoyer un message  à mongeb@hotmail.fr

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Oral du bac français : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

Oral du bac  français : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

Aujourd’hui, je vous propose de préparer ensemble une nouvelle simulation de l’oral du bac français avec le texte : « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET.


Avant de débuter notre analyse du texte « l’homme à la cervelle d’or » d’Alphonse DAUDET

en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français, voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral : ce qui est demandé au candidat, c’est d’avoir :

  • Une bonne capacité d’analyse critique et de prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée.

  • De préparer une bonne introduction au commentaire de texte (aussi bien à l’oral qu’à l’écrit) avec le nom de l’auteur, le genre, le thème, l’époque et la situation du passage dans l’oeuvre.

  • De faire un plan détaillé de votre explication avec les exemples à citer (en les soulignant dans le texte), ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe et de retrouver les exemples plus facilement.

 

 


Déroulement de l’épreuve :

Plan du travail en vue de l’oral :

  • Introduction : présenter l’auteur et le texte en le centrant sur la problématique.

Alphonse Daudet , est né la même année qu’Emile Zola (en 1840) et dix ans avant Guy de Maupassant (1850) : voir simulation d’oral du bac « Le Horla » de Maupassant.

Né à Nîmes dans le département du Gard, il est mort en (à l’âge de 57 ans) à Paris.  C’est un écrivain et auteur dramatique français. Il est célèbre pour ses Lettres de mon moulin publiées en 1869.  L’une d’elles, intitulée « La légende de l’homme à la cervelle d’or », est un récit personnel, de genre épistolaire (écrit sous forme d’une lettre) où il exprime tout d’abord sa tristesse d’avoir perdu un ami, puis dans un deuxième temps, il offre le cadeau (d’une légende mélancolique) racontant la vie d’un enfant, puis d’un jeune homme généreux abusé par ses proches parce qu’il possède un cerveau en or qu’il disperse naïvement. C’est un apologue d’abord paru dans L’Événement du 29 septembre 1866 (Un apologue est un récit qui a pour fonction d’illustrer une leçon morale qui peut être formulée explicitement).

Cours de français à, distance
Portrait d’Alphonse Daudet
  • Lire le texte : vous pouvez le trouver sur Internet.
  • Rappeler la question comment expliquez-vous cette légende ?
  • Annoncer les grands axes.

I -Lettre en deux parties à une dame qui demande des histoires gaies.

 

  1. Une lettre triste qui reflète le vécu et la tristesse de l’auteur (fonction affective).
  2. Cadeau de la légende de l’homme à la cervelle d’or à la dame qui demande des histoires gaies.

II- L’épuisement de son or

  1. La légende de l’homme à la cervelle d’or.
  2. Cupidité des gens qui abusent de la générosité du personnage- auteur.

Explication du passage :

De genre épistolaire, Les premiers paragraphes simulent un dialogue : l’ épistolier qui s’exprime à la première personne du singulier écrit une lettre à une dame qu’il vouvoie « En lisant votre lettre, madame ». Elle est le destinataire : (c’est la personne à qui la lettre est adressée). De même, la lettre se termine par une formule de congés : »Telle est, madame, la légende de l’homme à la cervelle d’or ».

Dans cette lettre, l’épistolier exprime ses sentiments et les faire connaître à sa destinataire. Elle a ainsi dans la première partie une fonction affective importante. Bien qu’il s’étonne de sa tristesse : Pourquoi serais-je triste, après tout ? Il est anéanti pour différentes raisons : il broie régulièrement du noir  : couleur un peu trop demi-deuil de mes historiettes,  Paris qui lui envoie des éclaboussures de ses tristesses. Puis il est en deuil, il a perdu son ami Charles Barbara (qui lui inspire en partie la légende de l’homme ….) : je viens d’apprendre la mort misérable du pauvre Charles Barbara ; et mon moulin en est tout en deuil.

Puis débute la légende qui est une histoire vraie d’après son auteur : la légende de L’homme à la cervelle d’or commence par la locution verbale impersonnelle « il y a » et elle ne s’embarrasse pas de vraisemblance scientifique L’enfant naît avec une cervelle d’or. C’est un enfant prodigue. Puis il devient un homme. Toute sa vie, ses proches en profitent (parents, amis et femme) que ce soit de manière consciente ou inconsciente. Toutefois l’homme à la cervelle d’or ne tire pas d’avantages de cette situation : il ne semble pas vraiment heureux (enfance gâchée, cupidité de sa famille et de sa femme, décès de sa femme) et connaît une fin tragique car il semble proche de la mort à la fin du conte.

Conclusion

Cette nouvelle peut se comprendre en partie par cette phrase,  : « Il y a par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C’est pour eux une douleur de chaque jour »

Ces pauvres gens, ce sont les créateurs, les écrivains dont c’est le métier, qui souffrent chaque jour pour produire et gagner leur vie. L’homme à la cervelle d’or est donc une métaphore des écrivains (A Daudet et Charles Barbara) qui créent leurs œuvres en épuisant leurs ressources intérieures, jusqu’à ce que celles-ci soient anéanties. Ils signent alors leur mort (réelle ou artistique).

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Oral du bac : Le Horla (25 mai) de Maupassant

Guy de Maupassant écrivain français du dix-neuvième siècle (1850-1893) est considéré comme l’un des plus prolifiques de son époque et le Maître des nouvelles. On associe surtout le nom de Maupassant aux contes fantastiques, car cet écrivain réaliste et naturaliste ami de G. Flaubert et d’Emile Zola a choisi aussi de peindre le surnaturel dans ses contes dans lesquels la peur, la folie et la mort sont les sujets récurrents. Le Horla est un récit bref sous forme de journal intime.

Oral du bac : Le Horla (25 mai) de Maupassant


Avant de débuter notre analyse du texte de Maupassant en vue de préparer ensemble une simulation d’oral du bac français, voici quelques rappels méthodologiques :

A l’oral : ce qui est demandé au candidat, c’est d’avoir :

  • Une bonne capacité d’analyse critique et de prendre en compte la question qui est posée et d’y apporter une réponse précise et détaillée.

  • De préparer une bonne introduction au commentaire de texte (aussi bien à l’oral qu’à l’écrit) avec le nom de l’auteur, le genre, le thème, l’époque et la situation du passage dans l’oeuvre.

  • De faire un plan détaillé de votre explication avec les exemples à citer (en les soulignant dans le texte), ce qui vous permettra d’énoncer l’idée directrice de chaque axe et de retrouver les exemples plus facilement.

 


Déroulement de l’épreuve :

Plan du travail en vue de l’oral :

  • Introduction : présenter l’auteur et le texte en le centrant sur la problématique.

Guy de Maupassant écrivain français du dix-neuvième siècle (1850-1893) est considéré comme l’un des plus prolifiques de son époque et le Maître des nouvelles. On associe surtout le nom de Maupassant aux contes fantastiques, car cet écrivain réaliste et naturaliste ami de G. Flaubert et d’Emile Zola a choisi aussi de peindre le surnaturel dans ses contes et en particulier dans Le Horla, récit bref sous forme de journal intime, c’est-à-dire qu’il met en scène deux logiques opposées : l’une rationnelle, l’autre irrationnelle dans lesquels la peur, la folie et la mort sont les sujets récurrents. Nous allons étudier aujourd’hui, l’extrait relatif au 25 mai qui correspond presque au début de l’oeuvre.

  • Lire le texte
  • Rappeler la question : comment s’exprime la contradiction entre le réel et le fantastique dans cet extrait de « Le Horla » ?
  • Annoncer les grands axes.

Plan :

I -Un journal intime qui retrace l’inquiétude et les incertitudes de son personnage-narrateur face à de nouvelles craintes concernant son état de santé physique et mental.

  1. Journal intime qui retrace l’inquiétude et les incertitudes de son personnage-narrateur
  2. Craintes concernant le changement de son état de santé physique et mental.

II- Une altération importante de la qualité de son sommeil et l’angoisse liée à la présence d’un être surnaturel qui désirerait le tuer.

  1. Peur de dormir malgré un sommeil normal par intermittence.
  2. Angoisse liée à la présence d’un être surnaturel qui désirerait le tuer.

Explication du passage (25 mai) : 

 I -Un journal intime qui retrace l’inquiétude et les incertitudes de son personnage-narrateur face à de nouvelles craintes concernant son état de santé physique et mental.

  • Journal intime qui retrace l’inquiétude et les incertitudes de son personnage-narrateur.

Cet extrait de « Le Horla » de Guy de Maupassant correspond à la forme d’un journal intime à visée fantastique. Ecrit à la première personne du singulier « je », on connaît les pensées et les sentiments du personnage/narrateur, ainsi que son point de vue. La focalisation est interne et subjective. Le champ de vision est limité au personnage.

Le cadre spatio-temporel est posé. Ce texte est écrit au présent de narration et est très structuré au point de vue temporel. Le narrateur est chez lui, à l’approche du soir au début du passage et le matin, à l’aurore à la fin du passage, ce qui évoque une certaine circularité des évènements.

Le passage retrace toute la période du soir et de la nuit, et c’est à ce moment-là que son esprit quitte la réalité pour être envahi par une crainte qu’il ne comprend pas (incompréhensible, je ne comprends pas les mots, crainte confuse, bizarre, étrange, questions qu’il se pose).

Figures de style : comparaisons entre la nuit et la menace, entre le sommeil et un bourreau, entre le repos et un gouffre d’eau stagnante.

Nombreuse ponctuation : elle est expressive afin de créer le suspense ou une attente. Les points-virgules (j ‘essaie de lire,…) créent du rythme. Les points de suspension reflètent la pensée du narrateur qui n’a pas de réponses à ses questions.

  • Craintes concernant le changement de son état de santé physique (maladies) et mental (son oppression, sa peur).

Bien qu’il exécute des gestes du quotidien afin de se rassurer – il dîne, il lit, il donne des tours de clés, il pousse les verrous, il ouvre les armoires, il est sous l’oppression d’une crainte (répétition de termes « crainte X3, j’écoute x2, j’attends x 2)

Passivité, par rapport aux évènements, qui se transforme en épouvante : j’écoute x2,  j’attends x 2, impuissance atroce,…

Champs lexical de la crainte et de l’épouvante : (menace, peur, inquiétude, oppression, malaise, trouble, irritation, perturbation, bourreau, épouvante, crise, impuissance atroce, m’étrangler).

Le narrateur/personnage s’interroge (questions x3) mais il ne connaît pas les réponses. Le narrateur créé un parallélisme entre en son état avant d’être malade et celui d’après (je ne redoutais rien jusque ici, plus joyeux des hommes, le plus brave, autrefois, le sommeil était perfide…..). Il est devenu poltron et mélancolique.

II- Une altération importante de la qualité de son sommeil et l’angoisse liée à la présence d’un être surnaturel qui désirerait le tuer.

  • Altération importante de la qualité de son sommeil.

Le personnage ne dort que deux ou trois heures, et il fait toutes les nuits un cauchemar, bien qu’il soit conscient de la réalité de son sommeil et de son réveil (je sens bien que je suis couché et que je dors, .je m’éveille, j’allume, je dors enfin avec calme….),

  • Angoisse liée à la présence d’un être surnaturel (quelqu’un) qui désirerait le tuer.

Tomber dans le sommeil est pour le narrateur une source de terreur, c’est un moment de crise : il se débat, il veut crier, il fait des efforts, il halète, il s’étouffe,…

Verbes qui énoncent son état de peur durant le cauchemar : battre, frémir, tressaillir, tomber x 2, débattre, paralyser, m’étreint, serrer, m’étrangler, étouffer, écraser.

Nous constatons aussi la répétition de la phrase « je ne peux pas » quand
le personnage  essaie de faire quelque chose mais se sent paralysé et
incapable d’agir : « 25 mai ….cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ;je veux crier, _ je ne peux pas, _ je veux remuer, je ne peux pas ; _ j’essaie,
avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner de rejeter cet être qui
m’écrase et qui m’étouffe, je ne peux pas.

Le langage du surnaturel s’exprime non seulement par la répétition des
mots mais aussi la répétition de certaines structures.

 
Conclusion

On trouve tout le long de cet extrait du Horla des éléments caractéristiques de l’univers surnaturel et du fantastique : répétions de mots (verbes, substantifs, adjectifs connotés : l’angoisse, la peur, la folie et la mort.

Mais la réalité est également omniprésente tout au long du passage et même à la fin puisqu’après la crise, il dort calmement. Le narrateur, pour se rassurer tout au long du passage y fait référence en revenant sur son passé d’homme « en bonne santé » et quand il était « le plus joyeux des hommes ».

On peut donc affirmer que ce passage permet au narrateur de nous faire comprendre l’altération progressive de son état mental quand vient la nuit. Altération due à sa mauvaise santé et à sa peur de mourir.

 


Extrait du texte : Le Horla 25 MAI.

Aucun changement ! Mon état, vraiment, est bizarre.

À mesure qu’approche le soir, une inquiétude incompréhensible m’envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j’essaye de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue à peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l’oppression d’une crainte confuse et irrésistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit. Vers dix heures, je monte donc dans ma chambre. À peine entré, je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j’ai peur… de quoi ?… Je ne redoutais rien jusqu’ici… j’ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j’écoute… j’écoute… quoi ?… Est-ce étrange qu’un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l’irritation d’un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j’attends le sommeil comme on attendrait le bourreau.

Je l’attends avec l’épouvante de sa venue ; et mon cœur bat, et mes jambes frémissent ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu’au moment où je tombe tout à coup dans le repos, comme on tomberait pour s’y noyer, dans un gouffre d’eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, caché près de moi, qui me guette, qui va me saisir par la tête, me fermer les yeux, m’anéantir.

Je dors — longtemps — deux ou trois heures — puis un rêve — non — un cauchemar m’étreint. Je sens bien que je suis couché et que je dors,… je le sens et je le sais… et je sens aussi que quelqu’un s’approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s’agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre… serre… de toute sa force pour m’étrangler.

Moi, je me débats, lié par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, — je ne peux pas ; — je veux remuer, — je ne peux pas ; — j’essaye, avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner, de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe,— je ne peux pas !.

Et soudain, je m’éveille, affolé, couvert de sueur, J’allume une bougie. Je suis seul.

Après cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu’à l’aurore.


 

 

 

 

Tout savoir sur l’Incipit avec Germinal de Zola

L’incipit (il commence) remplit trois fonctions : il informe, c’est-à-dire qu’il explique et décrit (qui, où, quand), intéresse pour entrer rapidement au coeur de l’action , suscite la curiosité du lecteur et propose un pacte de lecture (la nature du livre).

Tout savoir sur l’Incipit avec l’exemple de « Germinal de Zola »

L’Incipit correspond aux premières lignes du roman : il précise la nature du récit et le genre du texte.

L’incipit est primordial car il donne le ton comme une symphonie : une atmosphère étrange,  une situation extraordinaire, des sentiments violents ou dramatiques, une énigme, un mystère.

L’incipit (il commence) remplit trois fonctions :  il informe, c’est-à-dire qu’il explique et décrit (qui, où, quand), intéresse pour entrer rapidement au coeur de l’action , suscite la curiosité du lecteur et propose un pacte de lecture (la nature du livre).


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Germinal – Zola – Extrait de la première partie chapitre 1

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.
L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d’un coude, tantôt de l’autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D’abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Un chemin creux s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu’un talus d’herbe s’élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d’une vision de village aux toitures basses et uniformes.
Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu’il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l’arrêter. C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point.

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Questions : le personnage principal est-il présenté ? : oui, il est introduit dans le récit à la troisième personne du singulier  » il ». Nous savons qu’il est ouvrier , qu’il est seul, qu’il cherche du travail, qu’il a froid…;

Le lieu de l’action est-il connu ? : oui, l’action se déroule en extérieur, à la campagne, sur la grande route de Marchiennes à Montsou.

Les sens : la vue est sollicitée avec des tons sombres, obscurs, noirs ainsi que les volumes avec dix kilomètres de pavés, les champs de betterave, un talus d’herbe, un village aux toitures basses, une cheminée d’usine, ….

L’époque de l’action est-elle présentée ? : oui, les circonstances sont relatées : mois de mars (calendrier révolutionnaire),  par une nuit noire et glaciale.

Cet incipit nous intéresse-t-il ? Oui, car il campe une atmosphère, provoque des questions (pourquoi cet homme marche-t-il la nuit avec cette température hivernale ? Qui est-il ?, que porte-t-il, que fait-il ?) ..; et annonce une ou plusieurs thématiques comme  la recherche d’un travail, la solitude, la pauvreté, …

Quel est le contrat de lecture proposé entre l’auteur et le lecteur ? Cet Incipit, indique que c’est un début de récit réaliste : référence à un lieu précis et réel, l’histoire racontée se confond avec la réalité. Son début ‘ in média res » plonge le lecteur dans l’action en cours. La description de la nature permet de suggérer les sentiments et les émotions du personnage (le décor chez Zola suggère la psychologie du personnage). Enfin, l’histoire est racontée au passé.

L’incipit donne envie de lire le texte  : il nous pousse à continuer ou à abandonner. Pour réussir à accrocher l’intérêt du lecteur, l’écrivain doit séduire et retenir  le lecteur, ce qui est le cas pour l’incipit de Germinal de Zola.

Voir l’analyse de Germinal de Zola dans une seconde partie.

Méthodologie de l’étude des questions du corpus

Pour commencer cette séance sur la(les) question(s) du corpus du début de l’épreuve écrite du bac français, je vais vous prodiguer mes conseils généraux sur cette première épreuve à ne pas négliger. Bien qu’elle ne soit notée que sur 4 points en séries générales, il faut rédiger, argumenter et illustrer précisément vos réponses.

Méthodologie de l’étude des questions du corpus

Pour commencer cette séance de méthodologie de l’étude de la (des) question(s) du corpus du début de l’épreuve écrite du bac français, je vais vous prodiguer mes conseils généraux sur cette première épreuve à ne pas négliger. Bien qu’elle ne soit notée que sur 4 points en séries générales, il faut rédiger, argumenter et illustrer précisément vos réponses.  Voir également : bac français, étude d’un corpus de textes descriptifs.

 Voici le déroulement du travail que je préconise en tenant compte de la gestion du temps de l’épreuve écrite du bac français qui est primordiale pour éviter le stress.

Lorsque vous avez enfin votre devoir sous les yeux, vous regardez en premier :

  • les titres et les auteurs,
  • les genres et les années de publications des oeuvres

Immédiatement vous commencerez à avoir une idée de l’environnement historique des oeuvres.


Par exemple, si vous avez un corpus avec un premier texte extrait de « La Fortune des Rougon » d’Emile Zola publié en 1871, un deuxième texte extrait des « Misérables » de Victor Hugo publié en 1862 et un troisième extrait de texte  de « l’Education sentimentale »de Flaubert publié en 1869, que constatez- vous en premier ?

Les trois extraits datent du XXe siècle, or c’était l’époque des trois mouvements littéraires : le romantisme pour Hugo, le réalisme ou roman du vrai pour Flaubert, et le naturalisme pour Zola, sachant que le naturalisme cherche à introduire dans les romans réalistes la méthode des sciences humaines et sociales, appliquée à la médecine par Claude Bernard.

L’idéal serait d’avoir quelques connaissances sur le contexte historique  du XIXe siècle pour comprendre les genres littéraires :

Victor Hugo a commencé à rédiger les « Misérables » en 1832 avec Gavroche qui représente les Misérables à l’âge de 30 ans et durant les émeutes contre Louis-Philippe à Paris et la monarchie de juillet;

Gustave Flaubert  a débuté son ouvrage « L’éducation sentimentale »  à 47 ans durant le mois de février 1848, la révolution de février, les journées révolutionnaires,  le saccage des Tuileries et l’abdication de louis-Philippe.

Quant à Emile Zola, il a rédigé la « Fortume des Rougon »  dans les années 1853-52 lors du coup d’état  de Louis Napoléon Bonaparte, des insurrections et la proclamation du second empire de Napoélon III.


Ainsi, nous voyons que  l’histoire peut nous en apprendre beaucoup sur ces extraits, et que notre premier point commun est la mise en scène des soulèvements populaires contre le pouvoir en place  !!


Reprenons notre méthodologie :

  1. Vous lisez maintenant les trois questions du corpus afin de savoir quelles sont les attentes des examinateurs et savoir quel est le texte retenu pour le commentaire composé. 
  2. Il faut ensuite lire les textes de manière active dès la première lecture, c’est-à-dire avec des stabilos et une feuille de brouillon devant soi soulignez les mots clefs et les expressions importantes, le thème de chaque texte (en un deux-trois  mots pas plus sachant que la plupart du temps, cette question porte sur :

– les thèmes (la guerre, la liberté, l’utopie…) et la façon dont ils sont traités ;

– les registres (lyrique, pathétique, polémique…) ;

– ou encore le but (la compassion du lecteur, l’argumentation d’une thèse…).),

les verbes, les champs lexicaux…

En tout il faut compter, lecture des textes comprise une heure et c’est court.

  • Puis dans la colonne de gauche de votre brouillon, vous notez les points communs entre les textes en essayant de répondre le plus globalement possible en organisant ses idées;

Vous devez compter environ une page pour répondre aux questions, ne dépassez jamais deux pages. On attend de vous un travail synthétique et concis.

Votre réponse comportera :

– une introduction (généralement d’une phrase) : présenter le corpus, rappeler la question,

– un développement,

– une conclusion qui répond à la question et ouverture d’une perspective.


Il ne faut jamais faire une partie par texte (partie I : texte A ; partie II : texte B…).

Au contraire, il faut rassembler les textes qui ont des points communs, et prendre les différents thèmes pour chaque partie : ce n’est juste qu’un exemple de plan ;

  • Le plan ne doit pas être aussi détaillé que pour celui du commentaire (ou de la dissertation…), il s’agit simplement de répondre de manière organisée sans se répéter.

Ensuite, la réponse doit être rédigée en suivant le plan. Chaque idée et chaque argument doivent être illustrés par un exemple c’est-à-dire une référence au texte.

A la fin, relisez-vous pour chasser les fautes d’orthographe et de syntaxe.

Quelles sont les premières questions à (se) poser pour analyser un texte ?

Tout d’abord, vous devez regarder qui est l’auteur, à quel siècle il appartient et à quel courant littéraire il appartient afin de le situer dans le temps et par rapport aux autres écrivains.
Vous devez identifier le type du texte : est-il narratif, explicatif, descriptif, argumentatif ? Pour en savoir plus sur ces différents types, m’écrire un message en commentaire..)

++++++++++++++++Quelles sont les premières questions à (se) poser pour analyser un texte ?  Ce sont les premières questions que vous devez vous poser quand vous êtes en classe de seconde.

Débutent les cours en français, et puis un jour, votre professeur vous annonce : vous avez un commentaire de texte à faire à la maison pour la semaine prochaine.

Pas de panique ! Je vais vous donner quelques conseils et outils pour réussir ce premier devoir.

Il y a un questionnement autour des textes qui est identique quel que soit le genre (poésie, roman, théâtre,  poésie ou texte argumentatif), et un autre spécifique aux genres. Aujourd’hui, nous nous intéressons au questionnement général.

Cours de français de Béatrice Monge
Bienvenue au cours de français à Vic la Gardiole,  Montpellier et Saint Jean de Vedas

Alors commençons : 

Vous avez sous vos yeux un extrait de roman, vous prenez une fiche cartonnée et vous écrivez (ces fiches à remplir pour chaque écrivain vous aideront pour les révisions avant vos épreuves du bac français)   :

  • Tout d’abord, vous devez regarder qui est l’auteur, à quel siècle et à quel courant littéraire il appartient afin de le situer dans le temps et par rapport aux autres écrivains.
  • Vous devez identifier le type du texte : est-il narratif, explicatif, descriptif, argumentatif ? Pour en savoir plus sur ces différents types, m’écrire un message en commentaire..)
  • Vous devez identifier son genre (roman, nouvelle, conte, poésie,…)
  • Vous précisez les particularités  du genre repéré  : est-ce une scène de rencontre amoureuse, une description, une scène d’exposition, une scène d’aveu, une tirade, une poésie engagée, un dialogue, etc…
  • Vous dégagez le thème principal (qui peut être écrit en une petite phrase) et les sous-thèmes qui pourront vous servir d’axes lors de votre commentaire.
  • Vous devez analyser la situation d’énonciation : le temps et le mode des verbes, le choix des pronoms personnels, les marques de jugement, le vocabulaire et le niveau de langue.
  • Enfin il faut repérer les figures de style, le point de vue, le registre littéraire, ou encore l’atmosphère de la scène.
  • Lorsque vous aurez trouvé ces informations, même incomplètes, vous serez en capacité de trouver quelle problématique (qui peut être une question que vous vous êtes posée en trouvant le thème) s’adapte le mieux à l’histoire du texte.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à me poser des questions

dans la rubrique « commentaires »  ou à me laisser un message ci-dessous !

 

Comment analyser et commenter un extrait de Candide ou l’optimisme de Voltaire ?

Candide ou l’optimisme est paru en 1759. Candide est un conte en prose philosophique où Voltaire critique la vision optimiste en réaction envers certains philosophes de l’époque comme Leibniz.

Comment analyser et commenter un extrait de Candide

ou l’optimisme de Voltaire ?

 


Avant de commencer notre analyse de l’extrait de candide ou l’optimisme de Voltaire, nous devons réviser la biographie de Voltaire qui est un dramaturge du 18ème siècle (1694-1778) et un philosophe français qui écrivit contre l’intolérance (voir mon autre article sur Voltaire) . –

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Portrait de Voltaire

Candide ou l’optimisme est paru en 1759. Candide est un conte en prose philosophique où Voltaire critique la vision optimiste en réaction envers certains philosophes de l’époque comme Leibniz.

Recherche des axes : 

Trouver les axes et les sous-axes :

Tout d’abord, vous devez vous demander ce que dénonce Voltaire dans le nègre de Surinam. Autrement dit, à travers la réalité historique,  il veut faire réfléchir son lecteur sur  :

  • L’esclavage en dénonçant ses horreurs et ceux qui en profitent
  • Les procédés employés pour se procurer des esclaves
  • Une atteinte à la liberté
  • La religion chrétienne et ses partisans

Que constatez-vous sur le déroulement des événements en lisant cet  extrait ?

  • Candide et Cacambo rencontrent un nègre au bord d’un chemin, il leur raconte sa misérable vie qui se résume à peu de choses. Ses malheurs sont dus à un commerçant blanc.

Quel est le ton employé :

  • Ironie et humour noir pour nous faire sourire

Quel peut-être la problématique ?

Nous allons évoquer quelques problématiques possibles :

  • Une scène amusante au service de la critique
  • Comment ce texte parvient-il à dénoncer l’esclavage par le rire ?

Voici les informations essentielles qui vous permettront d’écrire une belle introduction et d’avoir vos axes de travail. A vous de jouer maintenant !!


CHAPITRE 19 – CE QUI LEUR ARRIVA À SURINAM, ET COMMENT CANDIDE FIT CONNAISSANCE AVEC MARTIN

     La première journée de nos deux voyageurs fut assez agréable. Ils étaient encouragés par l’idée de se voir possesseur de plus de trésors que l’Asie, l’Europe et l’Afrique n’en pouvaient rassembler. Candide, transporté, écrivit le nom de Cunégonde sur les arbres. À la seconde journée deux de leurs moutons s’enfoncèrent dans des marais, et y furent abîmés avec leurs charges ; deux autres moutons moururent de fatigue quelques jours après ; sept ou huit périrent ensuite de faim dans un désert ; d’autres tombèrent au bout de quelques jours dans des précipices. Enfin, après cent jours de marche, il ne leur resta que deux moutons. Candide dit à Cacambo : « Mon ami, vous voyez comme les richesses de ce monde sont périssables ; il n’y a rien de solide que la vertu et le bonheur de revoir Mlle Cunégonde. — Je l’avoue, dit Cacambo ; mais il nous reste encore deux moutons avec plus de trésors que n’en aura jamais le roi d’Espagne, et je vois de loin une ville que je soupçonne être Surinam, appartenant aux Hollandais. Nous sommes au bout de nos peines et au commencement de notre félicité. »

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? — J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. — Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait :  » Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.  » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

Extrait du chapitre 19 de Candide ou l’optimiste – le nègre de Surinam de Voltaire


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