Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation

Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation


 

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Les bonnes de J.Genet : réponses aux questions et dissertation

 

Questions

1) Qui est Jean Genet ?

Né le 19/12/1910 ; Mort à Paris (France) le 15/04/1986. Jean Genet est un écrivain, poète et dramaturge d’origine française. Considéré comme un des auteurs marquants du XXe siècle, il dépeint d’une écriture poétique et recherchée la perversion, l’érotisme et l’homosexualité.

Quels événements importants ont marqué sa vie ?

De père inconnu, il est abandonné par sa mère quelques mois après sa naissance et connaît une enfance difficile. Jean Genet devient un enfant de l’assistance publique. Placé dans une famille du Morvan qui lui offre une éducation communale, il passe une enfance heureuse. L’écrivain en devenir est bon élève, mais extrêmement réservé. Ses premiers émois masculins remontent à cette époque.

À l’âge de dix ans en 1920, injustement accusé de vol, il est envoyé dans une maison de correction. C’est le début d’une longue trajectoire « délinquante » qui, après des années de vie vagabonde en France et en Espagne. le conduit à la prison en 1942, plus précisément à Fresnes, où il écrit son premier poème, Le Condamné à mort.

A 13 ans en 1923, Jean Genet est placé d’office hors de sa famille d’accueil. À force de fugues, il se retrouve en colonie pénitentiaire.

A la suite d’une série de fugues et de délits mineurs, il connaît sa première expérience carcérale à quinze ans avant d’être mis en détention jusqu’à sa majorité à la colonie pénitentiaire de Mettray.

A 18 ans en 1928, il s’engage dans la Légion étrangère. Il découvre alors l’Afrique, continent qui ne cessera de le hanter.

Il déserte l’armée en 1938 (à 28ans) pour rentrer à Paris où il vit d’errance et de menus larcins.Durant un an, il vagabonde à travers l’Europe avec de faux papiers. De retour à Paris, il fait l’objet, en l’espace de sept ans, d’une douzaine d’inculpations pour désertion, vagabondages, falsification de papiers et vols.

Il passe de fréquents séjours en prison et en 1942,est incarcéré  à Fresnes, où il écrit son premier poème, Le Condamné à mort.

Encensé par Cocteau et Sartre, Genet fréquente les milieux artistiques parisiens et devient dramaturge. Sa pièce la plus célèbre reste « Les Bonnes » qui est jouée En 1947 et  publiée en 1954

Jean Genet passe ensuite la fin de sa vie à combattre les minorités. Grand défenseur de la cause palestinienne, il combat en faveur de l’homosexualité et des anticolonialistes.

C’est en prison qu’il rédige la même année « Notre-Dame-des-Fleurs » et l’année suivante, « le Miracle de la rose ». Il est sur le point d’être condamné à la relégation perpétuelle lorsque Jean Cocteau intervient en sa faveur devant les tribunaux. Il est libéré en 1944. De 1945 à 1948, il écrit coup sur coup trois romans, Pompes funèbres, Querelle de Brest et Journal du voleur, un recueil de poèmes, un ballet et trois pièces de théâtre : Haute Surveillance, les Bonnes et Spendid’s. Sur une pétition d’écrivains lancée par Cocteau et Sartre, il obtient enfin une grâce définitive en 1949.

Entre 1955 et 1961, Genet écrit et publie le Balcon, les Nègres et les Paravents qui le placent au premier rang des dramaturges contemporains. Malgré l’intérêt qu’il manifeste pour la création des Paravents à Paris en 1966 et la publication de ses Lettres à Roger Blin, il connaît une période de dépression et même une tentative de suicide. À partir de décembre 1967, il entreprend un long voyage en Extrême-Orient.

Rongé par le cancer, Genet meurt d’une chute le 15 avril 1986. Il est enterré au Maroc.

2) Jean Genet  jouent une scène à l’intérieur de la pièce : il s’agit de théâtre dans le théâtre.Le théâtre dans le théâtre est une pièce dans laquelle, à un moment donné, les comédiens jouent une pièce de théâtre à l’intérieur même de la pièce ou mise en abyme. (inspiré par l’histoire des soeurs Papin, qui le 2 février 1933, assassinaient leur patronne dans des circonstances effroyables).

La construction de l’action dramatique selon cinq étapes, sur une journée et dans un seul lieu rappelle celle du théâtre classique. C’est du Nouveau théâtre, philosophie de l’absurde.

Précisez le rôle joué par chacune d’elles, résumez l’action qu’elles mettent en scène.

Du début jusqu’à la sonnerie du réveil : du jeu de rôles très ritualisé au brusque retour à la réalité, puis de la sonnerie du réveil à celle du téléphone : l’échec de la machination des bonnes. De la sonnerie du téléphone jusqu’à l’entrée en scène de Madame : les préparatifs de l’assassinat de Madame. De la sonnerie à la porte d’entrée annonçant l’arrivée de Madame à sa sortie de scène : le complet retournement de situation (Monsieur envoyé au bagne, Madame désespérée et voulant se retirer du monde puis relaxe de Monsieur, victoire triomphale de Madame sur le sort). Du départ de Madame à la fin : la catastrophe finale et l’apothéose des bonnes.

La pièce Les Bonnes de Jean Genet, jouée pour la première fois en 1947, n’est divisée ni en actes ni en scènes ou tableaux. L’action se déroule dans un seul et même lieu confiné, la chambre de Madame au service de laquelle officient Claire et Solange.

Sans préambule, l’histoire commence par deux soeurs qui se disent «bonnes», se prénomment Claire et Solange et qui s’amusent à un drôle de jeu, comme jouent les enfants «au papa et à la maman» à tour de rôle. Sauf que dans leur jeu, elles font intervenir une troisième personne absente, qu’elles nomment «Madame» et qu’elles adorent interpréter.
Jeu de rôles apparemment sans conséquence s’il ne se transformait pas en rituel. Car sans guide, la conduite d’un rituel devient irresponsable, portée à tous les dérèglements et parfois à la mort.

Claire joue Madame. Solange joue le rôle de Claire et/ou de Solange. Madame (Claire) se croît accusée par ses domestiques d’avoir entraîné l’emprisonnement de Monsieur et elle s’en défend. Elle est très agressive et s’en prend tour à tour à l’une ou l’autre. Puis Solange se rebiffe : « J’en ai assez d’être un objet de dégoût. Moi aussi je vous hais ». Claire devient elle aussi agressive. C’est la « révolte des bonnes« . La maîtresse est accusée de convoiter Mario le laitier – qu’une des bonnes semble apprécier. Alors que Solange semble être sur le point d’étrangler sa maîtresse, le réveil sonne (il annonce l’arrivée imminente de Madame).

Claire décide de tuer leur maîtresse en plaçant du gardénal dans sa tisane de tilleul. Solange quitte la scène, Madame entre. (P. 65) Elle affirme qu’aimant Monsieur, elle le soutiendra jusqu’au bout, qu’il soit coupable ou non des vols dont on l’accuse. Son chagrin l’accable. Elle affirme l’affection qu’elle porte aux bonnes et confirme qu’elles seront son héritière. Solange apporte le tilleul mais Madame ne le boit pas. Elle se rend compte que le récepteur du téléphone n’a pas exactement à la même place et les bonnes sont obligées de lui dire qu’il a appelé et qu’il l’attend au « Bilboquet ». Madame sort.

Solange reproche à Claire de ne pas avoir su faire boire la tisane à Madame. Toutes deux paniquent, certaines qu’elles vont être découvertes.

(Claire reprend le rôle de Madame, Solange joue tour à tour l’une ou l’autre des deux bonnes) (P. 96)

Claire est allée jusqu’au bout : elle a joué le rôle de Madame jusqu’à la mort.

  • Tradition du couple maître/valet dans la comédie (Molière, Marivaux) à des fins comiques. Traces d’humour dans le langage : « Diposez la traîne, traînée ! » (jeu sur l’expansion lexicale et sémantique) , « Madame s’emporte ! / Dans ses bras parfumés le diable m’emporte » (sens figuré/sens propre), « Claire est là, plus claire que jamais ! », « Madame s’égare » / « N’égarez pas vos mains » (sens figuré pour parler de Madame/Claire, sens propre pour parler de Claire/Solange), « M’interdire ! Plaisanterie ! Madame est interdite ».

  • Comique dans les gestes : Claire repousse Solange qui tombe (« Solange accroupie vacille et recule »)

Les bonnes qualifient leur jeu de « cérémonie ». Expliquez le choix de ce mot.

La cérémonie consiste à imiter Madame dans sa chambre qui donne des ordres et qui se fait servir, qui montre sa supériorité physique, morale et sociale et qui humilie, et à montrer la révolte de la servante prête à la tuer (48).

Double je(u) – Genet ouvre sa pièce sur la facticité du jeu des bonnes, la “cérémonie” : ce théâtre dans le théâtre donne à voir des personnages condamnés à jouer un rôle et qui, prisonniers du regard de l’autre – altérité autant désirée que détestée – rêvent douloureusement leur reconnaissance par le crime. La mort, principe de réalité clôture la cérémonie et met un coup d’arrêt à la progression hyperbolique des fantasmes et à l’exacerbation des relations pathologiques des personnages.

Les objets ont un rôle prépondérant dans la pièce. Accessoires indispensables au bon déroulement de la cérémonie, ils semblent par contrecoup dénoncer les agissements des bonnes (le réveil oublié, la clé du secrétaire déplacée, le combiné du téléphone décroché…). En outre, ils remplissent une fonction structurelle en signalant clairement les différentes étapes de l’action.

3) Les bonnes éprouvent l’une envers l’autre des sentiments contradictoires. Montrez-le en précisant quels sont ces sentiments.

Ces deux sœurs s’adonnent à un jeu de rôle qui constitue à lui seul le drame de la pièce : elles reproduisent à tour de rôle leur quotidien avec leur maîtresse et miment son assassinat jusqu’à ce que la schizophrénie ne les rattrape définitivement de façon macabre. Le reflet qu’elles produisent de leur quotidien de bonnes ainsi que les déformations qu’elles y apportent sont par conséquent les enjeux centraux de la pièce, le lecteur n’ayant aucun point de comparaison avec la réalité.

Elles ne parviennent pas à échapper à la forme de fatalité qui les accable, à savoir leur étouffement progressif au service d’une maîtresse qu’elles adorent et haïssent à la fois. Ce jeu finit par se retourner contre les 2 sœurs qui en viennent à se détester : elles se détestent car chacune d’elle renvoie à l’autre sa condition et provoque un dégoût mutuel : le double de l’autre.

Le duel psychologique : la fin de la farce

La situation se retourne quand vient le moment de choisir la robe. Madame/Claire se sent menacée : « Insulte ta maîtresse ! », « J’écoute bourdonner déjà tes accusations », (impératif et « déjà » = outils grammaticaux de l’anticipation) et menace à son tour, mais elle est seule à participer à ce duel imaginaire (Solange/Claire ne dit rien). Scène de paranoïa.

  • Madame / Claire associe un mélange de peur et de dégoût à l’égard de Solange/Claire : lors de l’habillage, Madame enchaîne les ordres et repousse finalement sa bonne en invoquant son odeur nauséabonde. Le langage est diffus, confus, contradictoire.

  • Solange/Claire finit par avouer sa haine à Madame et lui crache dessus. Nous sommes à présent, dans le jeu des deux sœurs, au stade de l’invention dramatique qui conduit à l’étranglement de la fin du passage et non plus dans le strict mimétisme. Le théâtre exprime le secret de l’âme, les pensées et désirs cachés (voir « Comment jouer Les Bonnes »).

Madame -Claire- tient des propos très violents sur les domestiques. Solange se dirige vers elle. Claire et Madame semblent se confondre, elles prennent peur face à sa femme qui veut les tuer – elle et son rôle. Puis Claire demande à Solange de lui verser son tilleul mais cette dernière refuse. Finalement, elle se laisse convaincre et sert la tisane à sa soeur.

4) Quelle attitude Madame adopte-t-elle envers ses bonnes ?

De la bienveillance, qui n’est que l’autre facette de la condescendance, de la bourgeoise envers ses domestiques. « Madame » dit à Claire et Solange :  » Vous êtes un peu mes filles ». Sauf qu’il s’agit de filles à tout faire, soumises à ses moindres requêtes, des non-êtres, des femmes objets, ce qui conduira l’une d’entre elles à évoquer « l’inutilité de notre condition ». L’histoire tournera à la tragédie puisqu’à défaut d’éliminer « Madame », comme en rêvaient les deux soeurs, c’est Claire qui absorbera le poison fatal dans un final déchirant.

5) Qu’est-ce qui pousse les bonnes à se révolter ?

« La révolte des bonnes » 30 :

L’enfermement : pers. qui manque d’air (p. 33 : il fait lourd ; j’étouffe 51) : continuellement au service de Madame = comme une prison = ne peuvent plus partir, ne savent plus où aller

La haine envers leur maîtresse : réplique de Solange qui crie sa haine et révèle à Claire (la maîtresse) qu’elle ne l’intimide plus (28) : la supériorité

– Une haine qui ne se justifie que par l’étouffement de la maîtresse qui est « bonne » : « Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne » (90)

Le rejet de leurs conditions sociales : le statut social est cause de souffrances et débouche sur la révolte : les violentes exclamations de Claire qui imite sa maîtresse en train de donner des ordres (59) mais la maîtresse est douce, bonne.

– La bonne n’existe que par la voix, les ordres de la maîtresse : « Par moi, par moi seule, la bonne existe. Par mes cris, par mes gestes » (27)

Le refus de l’asservissement : conquérir leur liberté et accéder au rang d’humain (100)

La haine de soi : comme des parias, des intouchables (Claire, maîtresse, ne veut pas que Solange, servante, la touche) : honte d’elle-même (elles vivent dans une mansarde et dans la cuisine) : elles ne peuvent pas s’aimer : solitude affective

– La différence de statut qui fait qu’elles pensent que leur maîtresse les déteste alors qu’elle leur parle affectueusement et qu’elle les considère comme ses filles (sa fortune) 74

Le mécanisme de l’intrigue se grippe, cependant que les bonnes se font piéger à leur propre jeu. Bientôt, la fausse accusation de Monsieur qu’elles ont ourdie, afin qu’il soit enfermé en prison, leurs projets de meurtre de Madame, et jusqu’à leurs jeux barbares… tout sera étalé au grand jour. Ainsi, cependant que l’utopie qu’elles ont patiemment mis au point vole en éclat, les deux bonnes, qui ont passé le plus clair de leur temps à répéter des rôles, à penser, dans le moindre détail, un rituel, doivent, pour la première fois, improviser leur propre vie…

6) La pièce est violente ; de quelle violence s’agit-il ?

Sacrées ou non, ces bonnes sont des monstres, comme nous-mêmes quand nous rêvons ceci ou cela. Les 2 sœurs prononcent des propos d’une grande violence lors du jeu de rôle : violence verbale : « crachats » (16), « traînée » (25) : humiliation :La violence physique entre elles : les didascalies p. 24 et 2.La violence physique contre la maîtresse : l’empoissonner, emprisonnement du mari pour voir la maîtresse en larmes : « la révolte des bonnes ».

Comment est-elle montrée ?

Le dénouement catastrophique prend la forme grandiose d’un final très ritualisé.

7) En quoi la fin est surprenante ? Comment l’expliquez-vous ?

C’est finalement Claire qui prend le tilleul et meurt : suicide de Claire.

Claire ne supporte plus sa condition et ne se supporte plus (à travers son double) : la lâcheté, la soumission : en se suicidant, elle acquiert le statut du héros tragique : le courage du héros et le poids de son destin (la fatalité : sont maudites 93, 103, 102).

Claire, Madame meurt et Solange est prisonnière (Monsieur) : en prison, Solange retrouve la liberté morale : ne sera plus au service de Madame (111) : « tu seras seule pour vivre nos deux existences ».

Le dénouement catastrophique prend la forme grandiose d’un final très ritualisé où Solange et Claire connaissent chacune à leur façon une sorte d’apothéose. Par l’usage qu’elles font du langage et le rituel qu’elles inventent, elles dépassent la condition de simple servante pour se hausser au rang de personnages hors du commun, grandioses, donc dignes d’un registre tragique. À noter que Les Bonnes est la pièce de Genet la plus souvent représentée dans le monde.

C’est en accomplissant un meurtre que les héroïnes des Bonnes règlent leurs comptes personnels et pour ainsi dire « existentiels ». Elles rêvent du bagne comme d’une suprême élévation-libération pour des filles sans filiation ni situation. Genêt réclame une pénitence qui serait en même temps la récompense de leur mal-être.

Ainsi, les banales servantes sans nom ni prestige s’avèrent-elles des héroïnes tragiques accédant à une gloire éclatante par un accomplissement fantasmatique de leur geste criminel de matricide et de fratricide.

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Plan détaillé de dissertation sur le sujet suivant :

Dans un ouvrage général sur le théâtre de Jean Duvignaud et Jean Lagoutte, il est écrit que le vrai public est celui qui va au théâtre pour « passer une soirée ». Pensez-vous aussi que le théâtre est un divertissement ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les textes que vous avez étudiés en classe, sur vos lectures personnelles ainsi que sur les représentations théâtrales que vous avez pu voir .

Introduction : Problématique  :  Le théâtre n’est t’il que divertissement ?

Le théâtre a fait son apparition pendant l’Antiquité à l’occasion de cérémonies religieuses ou de débats politique. Avec le temps, il a évolué vers un loisir destiné à satisfaire les goûts populaires. Il se déroulait en plein air et était gratuit. Le théâtre était donc un service public de divertissement. Dans un ouvrage général sur le théâtre de Jean Duvignaud et Jean Lagoutte, il est écrit que le vrai public est celui qui va au théâtre pour « passer une soirée. La question que l’on peut se poser est de savoir si le théâtre est un divertissement?  A t-il pour seule fonction de divertir ou en a t-il d’autres ? Le théâtre est-il un simple moyen de se divertir ou a-t-il un but plus utilitaire ? Pour répondre à cette question, nous verrons tout d’abord que le divertissement est bel et bien l’une des fonctions principales de cet art. Puis, nous constaterons que l’autre fonction principale est de susciter la réflexion et symboliser la réalité et enfin qu’il peut instruire en amusant.

I- Un divertissement de tous les temps

Plaisir esthétique :

I. Le théâtre peut et doit divertir car il est d’abord un divertissement, un loisir. Divertir comme un spectacle. Dans la Grèce antique, les spectacles dramatiques faisaient partie des fêtes et étaient l’objet de concours où l’on se divertissait, c’est-à-dire où l’on se distrayait en groupe. C’est en effet un véritable plaisir que de se rendre au théâtre, au même titre que de visiter un musée ou d’assister à un concert. On venait pour y apprécier la beauté d’un spectacle : les décors somptueux des drames romantiques de Hugo, avec leur reconstitution historique, costumes, jeux d’éclairage, musique… tout y flattait l’œil et l’oreille. Les spectateurs venaient voir, mais aussi « entendre. Les vers lyriques et poétiques de Bérénice de Racine, les monologues romantiques de Ruy Blas..

Du théâtre de foire au Moyen-Age au café-théâtre d’aujourd’hui en passant par tous les spectacles de rue au XVIIème, le théâtre est divertissant parce qu’il emmène son public dans un univers imaginaire pour le temps de la représentation.

En allant voir du théâtre, le spectateur est transporté dans un autre monde. « Il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l’or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous terre », dit Hugo, qui suggère que ce « pays de l’irréel » qu’est le théâtre procure avant tout un plaisir esthétique.

Divertir par le jeu et l’illusion, péripéties variées, rythmes, situations cocasses et burlesques.

Le théâtre se présente parfois comme un pur jeu. Jeu sur scène, jeu du spectateur aussi : les pièces de Marivaux, avec leur double déguisement des maîtres en valets et des valets en maîtres – comme dans Le Jeu de l’amour et du hasard – entraînent le spectateur dans un imbroglio étourdissant, dont il doit démêler les fils et prévoir les développements. Il est divertissant de voir Silvia et Dorante pris à leur propre piège, construit sur leur changement volontaire d’identité, et bien embarrassés dans cette intrigue compliquée à loisir.

Divertir en créant l’émotion :  le comique, pour rire, les paroles dans les comédies de caractère et la fonction dramatique et libératrice de la tragédie.

« Il pleure et il rit » Il s’agit aussi d’émouvoir… pour que les salles frémissent aux horreurs, ou éclatent de rire aux plaisanteries » « Il pleure et il rit »… Et la palette d’émotions que suscite le théâtre est très large, parce qu’il présente une infinité de registres. Être ému, c’est être arraché à son état habituel, tout comme se « divertir » ou se « distraire », c’est « se détourner loin de »… la vie et de la réalité quotidiennes. La gamme d’émotions que suscite le théâtre ne manque pas de variété : c’est le rire franc que font naître les farces de Molière comme « Le Médecin malgré lui » ou la fameuse scène du sac dans « Les Fourberies de Scapin« . Le théâtre, plus que d’autres modes d’expression, est propre à faire rire par son « incarnation » : les gestes, les mimiques, mais aussi les quiproquos, les rencontres inattendues, les retournements de situations, les… portes qui claquent ! Le théâtre de Molière n’en manque pas, qui regorge de malentendus et de coups de théâtre divertissants qui suscitent un rire franc, sans arrière-pensée.

 Distraire de l’ennui de la vie, de la réalité 

Or, au théâtre, le spectateur oublie les tracas de la vie, il se divertit, au sens pascalien du terme : le spectacle d’une destinée qui s’éloigne de la banalité divertit. Ainsi, le théâtre présente des situations et des personnages hors du commun, qui distraient au sens propre. Parfois même, le théâtre fait vivre sous les yeux du spectateur des personnages fantastiques qui l’emmènent dans un monde qui n’existe pas : a-t-on jamais rencontré un spectre qui parle ou une statue qui vit – comme celle du Commandeur qui précipite Dom Juan aux Enfers de Molière– ? a-t-on jamais vu des hommes se transformer en rhinocéros dans Rhinocéros de E. Ionesco ? ou encore une jeune femme morte qui ressuscite et étrangle son père, comme dans L’Horrible expérience d’A. de Lorde et A. Binet (1909).  Le théâtre permet ainsi au public de vivre une autre vie, de réaliser des rêves que le quotidien lui refuse.

Est-ce simplement un divertissement, un spectacle esthétique, avec de beaux décors, costumes et lumières ? ou est-ce un miroir que le dramaturge tend à ses semblables pour leur dévoiler leur noirceur, celle de l’humanité, avec pour but corollaire de mettre en garde le public, de le rendre meilleur par le spectacle des perversités dont il doit se garder ? Comme dans la comédie de Molière « l’avare » qui cache son argent dans le jardin. Les tragédies, où le public éprouve du plaisir à s’émouvoir pour des personnages perdus, impuissants ; le spectateur est tout entier pris par le jeu des passions – jalousie et pouvoir  par exemple dans Britannicus.

II – le rire peut aussi susciter la réflexion
¤ dédramatise
¤ dénonce
¤ fonction morale (mise en évidence, correction des vices)
¤ tradition de l’humour intelligent, fin, noir ; souvent pessimiste

Appuis : « Le mariage de Figaro » de Beaumarchais (1784)
« la cantatrice chauve » de Ionesco
« L’école des femmes » de Molière

Le théâtre est un divertissement, un moyen de se cultiver ou une évasion pour des personnes seules ou en groupe. C’est un spectacle pour les yeux, pour les oreilles, pour l’intelligence avec les jeux de mots et les différents comiques, mais il peut aussi faire réfléchir en mettant en scène des paradoxes, en critiquant la société, en proposant  des thèses, ou en exposant les grands thèmes de l’existence humaine. il peut proposer une réflexion sur le monde, la réalité, la société.

Tragédies :  crainte, angoisse, pitié, catharsis détourner (c’est le sens étymologique) l’esprit des mauvaises pensées (de la mort notamment).
De là, pense à l’effet CATHARTIQUE des tragédies.

Faire réfléchir en divertissant
«  le devoir de la comédie est de corriger les hommes tout en les divertissant «  Moliere

A.    en critiquant la société ( ex : Tartuffe de Moliere)
B.    en dénonçant des problèmes de la société ( Les noces de Figaro, Beaumarchais )
C.    en ridiculisant des traits de caractère ( l’Avare de Molière ) «  le devoir de la comédie est de corriger les hommes tout en les divertissant «  Moliere

III Instruire  tout en amusant  

« Instruire et plaire » Le théâtre est-il fait soit pour divertir, soit pour dénoncer le mal ? Y a-t-il exclusivité ? Ne peut-on combiner ces deux fonctions et répondre ainsi à ces deux aspirations : « instruire et plaire » ? Et comme il est vrai que la nature humaine est ainsi faite qu’elle ressent une attirance irrésistible pour les personnages maléfiques et diaboliques, n’est-ce pas la satisfaire, lui plaire que de lui représenter cette noirceur des hommes sur une scène, sans qu’elle déborde dans la salle de spectacle, et ainsi apaiser ses tendances au mal par le spectacle du mal fait par autrui ? Au fond, le théâtre « doit » attirer le public. Or, celui-ci est aussi varié que la nature humaine. Hugo, dans sa préface à Ruy Blas écrit : « Ce que la foule demande presque exclusivement à l’œuvre dramatique, c’est de l’action ; ce que les femmes y veulent avant tout, c’est de la passion ; ce qu’y cherchent plus spécialement les penseurs, ce sont des caractères (c’est-à-dire des hommes) ». Un dosage est par conséquent sans doute nécessaire pour satisfaire les aspirations de chacun.

Une autre fonction du théâtre ? Mais il est sans doute une fonction plus fondamentale que doit remplir le théâtre : rassurer le spectateur sur son angoisse existentielle que définit bien Lechy Elbernon dans L’Échange de Claudel : « L’homme s’ennuie et l’ignorance lui est attachée depuis sa naissance. Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c’est pour cela qu’il va au théâtre ». Le Chambellan d’Ondine de Giraudoux complète cette spécificité du théâtre : il fait « se dérouler (…) la vie à la vitesse et à la mesure non seulement de la curiosité, mais de la passion humaine (…). C’est le grand avantage du théâtre sur la vie, il ne sent pas le rance ». Voilà sans doute la fonction primordiale du théâtre.

Beaucoup de questions se posent  vis-à-vis du rôle du théâtre auprès des lecteurs, ou des spectateurs. Le théâtre serait-il consacré à nous distancer de la réalité et à nous asthétisier dans des distractions superficielles? Si le divertissement est bien l’une des fonctions majeures de ce spectacle, il est tout aussi vrai qu’il a pour second rôle de symboliser la réalité, il possède un rôle didactique et critique. Pourtant, le théâtre atteint son apogée quand sa représentation lie l’utile à l’agréable, lorsqu’il nous cultive tout en nous amusant.

Appuis : comédies :  » Le malade imaginaire « , « L’avare » (personnage d’Harpagon), « Tartuffe » de Molière, ainsi que « l’école des femmes » (Arnolphe et Horace, l’amour d’Agnès) ou encore « le bourgeois gentilhomme ».
« La Leçon » d’Eugène Ionesco.

Trop de pièces contemporaines se sacrifient à un but didactique – voire idéologique – au détriment du plaisir théâtral. Certes, le théâtre doit poser les questions fondamentales de la vie humaine, mais il doit se garder de tout didactisme, de tout dogmatisme. Le théâtre de propagande politique est voué à l’échec et n’attire pas le public. « Ce n’est pas avec des idées qu’on fait du théâtre, c’est avec une intrigue et des personnages qui vivent sur scène ».

Enfin, on pourra remontrer aux tenants de la dénonciation de la noirceur humaine que le théâtre ne doit pas être une entreprise de pessimisme absolu, qu’il peut aussi avoir pour vocation de faire aimer la vie, d’en représenter toutes les facettes, noires mais aussi gaies. Dans Le Barbier de Séville, Figaro « se presse de rire de tout de peur de devoir en pleurer » et la pièce est emportée dans un tourbillon de gaîté où la dénonciation du mal est réduite à la portion congrue. Et pourtant, voilà une pièce réussie ! Ne serait-il pas plus juste de dire que le théâtre doit représenter la vie ? Une question de contexte ? Et si la réponse à une telle alternative dépendait du contexte ? Au XXe siècle, profondément marqué par les atrocités des totalitarismes et des deux guerres mondiales, les dramaturges pouvaient-ils se borner à divertir un public paralysé par l’effroi et privé de repères devant l’absurdité des hommes et du monde, pouvaient-ils se taire et ne pas tirer parti de la « tribune » que leur offrait le théâtre pour partager leurs idées et pour dénoncer les horreurs ? Beckett, Camus, Sartre, Genet l’avaient compris.

Conclusion :

Plus que les autres genres littéraires, le théâtre allie les contraires : il excelle à divertir et en même temps à susciter la réflexion, notamment sur la noirceur de l’homme et du monde. Il tient sa force et son efficacité du fait qu’il est à la fois parole et spectacle, texte et représentation. Il présente aussi la spécificité de se renouveler sans cesse : chaque mise en scène modernise le propos et, adaptée à son public du moment, redonne une jeunesse à la pièce.

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Auteur : Béatrice

Professeur de français particulier à domicile et à distance (via Skype et courriels) jusqu'au bac, je suis également correctrice d'écrits littéraires et de mémoires jusqu'au Master à Montpellier et dans ses environs.

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