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Analyse de « L’amour et le crâne » de Charles Baudelaire


Voici une proposition d’analyse de « l’amour et le crâne » de Charles Baudelaire en vue de la préparation d’un commentaire composé.

L’amour et le crâne de Baudelaire

Tout d’abord, avant d’étudier ce poème, nous devons débuter par une biographie succincte de Charles Baudelaire.

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Charles Pierre Baudelaire est un poète né à Paris le 9 avril 1821 (la même année de que G. Flaubert) et mort à Paris le 31 août 1867 à l’âge de 46 ans. Grand poète du XIXème siècle, Charles Baudelaire est connu pour deux œuvres, les Fleurs du Mal et le spleen de Paris (le mot Spleen traduit chez Baudelaire l’ennui et le dégoût généralisé de la vie).

Très jeune, Charles Baudelaire se fait remarquer par son caractère rebelle mais obtient néanmoins son baccalauréat.

Rapidement, et après son voyage en paquebot pour les Indes, il est contraint de travailler pour subvenir à ses besoins et devient journaliste et critique d’art. C’est à cette époque qu’il commence à écrire certains poèmes des Fleurs du mal (titre antithétique). Ses débuts littéraires datent de 1843 approximativement.

Ce recueil de poèmes publié en juillet 1857, très controversé et attaqué, met en lumière la dualité entre la violence et la volupté, le bien et le mal, la laideur et la beauté, l’enfer et le ciel.

Le projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du mal et de la perversité humaine et transfigurer par le travail poétique l’expérience douloureuse de l’âme humaine en proie aux malheurs de l’existence.

Il est condamné  pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.

Les poèmes de Charles Baudelaire, qui a reçu de par sa naissance en 1821 un héritage classique, romantique et réaliste, sont par nature lyriques et rattachés au mouvement littéraire du symbolisme. Ce sont des poèmes réguliers à forme fixe où la beauté est recherchée pour tendre vers la perfection du texte. Le symbolisme est en opposition au monde matériel. les symbolistes recherchent la suprématie de la sensibilité et du plaisir des sensations, tout y est fugace et éphémère.

Croulant sous les dettes, il part en Belgique pour y donner des conférences. Mais en 1866, il commence à avoir des problèmes de santé. Il s’éteint un an plus tard (1867) des suites de la syphilis et de l’abus d’alcool, sans avoir été reconnu de son vivant, ce que l’aura profondément attristé. En 1868 sont publiés à titre posthume le Spleen de Paris et les Curiosités esthétiques.

 


 

L’Amour est assis sur le crâne

De l’Humanité,

Et sur ce trône le profane,

Au rire effronté,

 

Souffle gaiement des bulles rondes

Qui montent dans l’air,

Comme pour rejoindre les mondes

Au fond de l’éther.

 

Le globe lumineux et frêle

Prend un grand essor,

Grève et crache son âme grêle

Comme un songe d’or.

 

J’entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

– « Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?

 

Car ce que ta bouche cruelle

Éparpille en l’air,

Monstre assassin, c’est ma cervelle,

Mon sang et ma chair.

 

« L’amour et le crâne » de Baudelaire

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Analyse 

Ce poème, au titre énigmatique (le crâne est l’endroit central de nos sentiments), est extrait de la section des fleurs du mal. Il est composé de cinq strophes de quatre vers. Il y donc cinq quatrains. Dans chaque strophe, il y a une alternance entre un octosyllabe (vers de huit syllabes) et un pentasyllabe (vers de cinq syllabes). Il contient différents mètres, il est donc hétérométrique.

Nous constatons une alternance de rimes pauvres, suffisantes ou riches (frêle avec grêle) et une succession respectée de rimes féminines (qui se terminent par –e, -es, -ent) et des rimes masculines. Les rimes sont croisées, du type ABAB.

Dans le premier quatrain, Baudelaire met en relief deux substantifs (avec les majuscules) Amour et Humanité.  L’Amour est un terme important dans ce poème car il est à la fois présent dans le titre et dans le premier vers, à son début et avec une majuscule, et il est personnifié car « il est assis ». Nous pouvons ainsi en déduire que le thème général de ce poème tourne autour de ce sentiment dans une représentation allégorique.

L’autre substantif essentiel à la compréhension du poème est Humanité, qui représente l’ensemble des hommes, la race humaine. Son sens est triplement renforcé par la majuscule, par sa position en mot unique dans le pentasyllabe et par son rejet en deuxième vers.

L’Amour qui pourrait être Dieu car Dieu est amour (métaphore entre l’Amour et Dieu) nous permet de déduire dans ce premier quatrain, que l’Amour embrasse la race humaine de toute sa hauteur (sur le crâne : connotation un peu macabre) et distille ce sentiment dans la tête de chacun.

Assis dans le fauteuil de Dieu, le profane (qui est dépourvu de caractère religieux), joue à souffler des bulles qui se perdent dans l’espace au-delà de l’atmosphère. L’auteur, en rejetant l’action exercée par le profane dans le deuxième quatrain, souligne l’opposition entre l’Amour et sa destruction (les bulles s’éparpillent). L’effet de ce quatrain est renforcé par l’allitération en « r » (trône, profane, rire, effronté, ronde, rejoindre, éther) et l’harmonie imitative qu’il insuffle pour imiter le son produit (érosion) par la répétition du phonème « r ». Ainsi le profane ne croit pas à l’amour, il en rit et le détruit en chacun de nous.

Dans le troisième quatrain, l’auteur utilise une belle métaphore entre le crâne de l’homme (qui est frêle) et le globe qui représente la terre ou l’Humanité (qui est lumineux). Ces deux adjectifs qualificatifs sont en outre employés de manière antithétiques. Il y a également une allitération en « g » (globe, grand, grèbe, grêle) qui est une consonne occlusive, dorso-vélaire, sonore, dure et gutturale associée au « r » de grève et grêle.

Sous l’effet des bulles rondes soufflées par le profane, l’absence d’amour (ou la montée de la haine ou du mal) s’accroît et accable le monde au point de lui faire perdre son âme.

Le quatrième quatrain est différent des autres par sa structure et par l’implication de l’auteur. En effet, le vers débute par un « j » apostrophe, ce qui resserre la focalisation sur un des sens de l’auteur car il « entend » des plaintes produites par toutes les personnes atteintes par les bulles chargées de haine. Ces personnes souffrent, prient Dieu et l’interrogent pour que ce jeu finisse car c’est ridicule de haïr au lieu d’aimer.

L’auteur utilise dans ce quatrain et le suivant une harmonie imitative suivie dans une allitération avec la consonne fricative uvulaire voisée vibrante « r » avec les substantifs, et avec les verbes et adjectifs (crâne, prier, gémir, féroce, ridicule, cruelle, éparpille, air, monstre, cervelle, chair).

On peut constater que tous ces mots cités font partie du champ lexical de la souffrance, de la douleur et même de la mort, car le cruel profane qui ne croit pas en l’amour et qui disperse sa haine (les bulles remplies de cerveau, de sang et de chair) à travers le monde (métaphore entre l’air et le monde) tue chacun de nous, donc l’Humanité croyante.

Les deux substantifs « monstre et assassin », l’un après l’autre et la tournure emphatique (c’est) renforcent de manière hyperbolique la nature malveillante et destructrice du profane qui détruit par sa bouche (et par ses paroles) l’auteur (ma, mon) et le reste de l’humanité.

Conclusion : ce poème est un hymne à l’amour et à la croyance que l’amour peut sauver le monde du mal.

 

 

 

 

 

 

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